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Inventaire du matériel de guerre d’une citadelle : Blaye en 1695 (partie 1).

C’est à partir d’un document exceptionnel que la SAVB est heureuse de vous présenter la liste des équipements militaires en dotation dans notre citadelle au 1er janvier 1695.

Nous sommes heureux de le faire car de cela on ne parle pas, ou alors très peu, les spécialistes des fortifications ignorant tout ou presque sur ce sujet.

A leur décharge, il faut reconnaître que contrairement aux imposants remparts de pierre que chacun peut encore admirer aujourd’hui, le matériel de guerre qu’ils abritaient a totalement disparu. Plus aucune trace. Rien. Il n’en reste rien, si ce n’est quelques vieux boulets pieusement conservés par notre association et aussi les lointaines collections que l’on peut contempler au musée de l’armée, à Paris.

Pensez à cliquer sur les vignettes pour les agrandir.

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Sous l’ancien régime, le roi attachait une grande importance à la connaissance précise du patrimoine de la couronne, notamment à ce qui lui permettait d’assurer physiquement son autorité sur l’ensemble du royaume, comme vis-à-vis de ses pairs : le matériel de guerre. Ces équipements étaient nombreux et coûtaient cher ; il convenait donc de veiller à leur conservation, tant quantitative que qualitative. C’était en particulier le cas des armes à feu, des poudres et de tout ce qui constituait depuis une ordonnance royale prise en décembre 1601 par Henry IV un droit régalien de la royauté.

Aussi, des inventaires de l’ensemble de ces équipements étaient-ils régulièrement réalisés au cours de revues passées par les Commissaires Provinciaux [1] et le résultat reporté sur des registres détenus par le Secrétaire d’État de la Guerre, seul responsable devant le roi.

Quel était l’équipement militaire de la citadelle de Blaye ?

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Inventaire des équipements de la citadelle de Blaye au 1er janvier 1695.

C’est à partir d’une page de l’un de ces registres que nous avons pu connaître avec exactitude le matériel de guerre en dotation à la citadelle au 1er janvier 1695. [2]. Globalement et tous types confondus, cela représente plus de 58 000 objets que nous avons arbitrairement répartis en 18 lots pour simplifier les choses.

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Ce nombre (58 685) n’offre qu’un intérêt, celui de faire prendre conscience de la quantité de matériel entreposé alors dans la citadelle. A titre de comparaison, le fort Médoc ne comptait, à la même époque, que 1379 objets (dont 7 canons) et nous ne possédons aucun renseignement sur l’équipement du fort Pâté. [3]

Si l’on compare les dotations de la citadelle par rapport aux autres places fortes du royaume, notamment pour ce qui concerne l’artillerie, l’on observe qu’elle fait partie des mieux loties. Ainsi, seules trois d’entre elles possédaient plus de cent canons en 1698, année durant laquelle les places furent bien pourvues : Dunkerque et ses forts (231 pièces), Tournai (231 pièces) et Douai (635 pièces). Une place comme Valenciennes, pourtant d’une importance stratégique indéniable, ne possédait que 79 canons. Ce rapide comparatif donne une idée de l’importance accordée par le pouvoir royal au verrou de l’estuaire et à son principal édifice, la forteresse de Blaye.

Afin d’exploiter au mieux ce document exceptionnel dressé il y a 320 années, nous vous proposons de l’examiner en trois articles. Le premier, ci-après, traite de l’armement lourd ; le second traitera de l’armement individuel et des autres matériels en dotation, enfin, dans le troisième nous ferons revivre la citadelle de l’époque en essayant d’imaginer où et comment ces différents matériels étaient utilisés ou bien stockés.

Partie 1

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Devise de l’un des canons de Louis XIV, dans la cours des Invalides.

"Nec Puribus Impar", cette devise fait encore l’objet de nombreuses controverses quant à son sens exact. En ce qui nous concerne, nous retiendrons la traduction suivante : "Au dessus de tous".

L’armement lourd.

Comme nous l’avons vu précédemment, l’artillerie de Blaye était nombreuse, certes, mais elle était également hétéroclite puisqu’elle comptait 20 calibres différents alors qu’officiellement à cette époque, seuls 6 calibres étaient réglementaires. Pour comprendre les raisons d’une telle diversité qui ne devait pas être simple à gérer, il est indispensable de rappeler ce qu’était l’artillerie en cette fin du 17ème siècle.

En premier lieu, se pose le besoin de clarifier les termes utilisés par les Anciens : "pièces de fonte" et "pièces de fer". A cette époque, la métallurgie n’est pas encore une science exacte et l’on parle "de fer" pour désigner la fonte et "de fonte" pour désigner le bronze. Quand les Anciens écrivaient "canon de fer", il nous faut donc traduire par "canon en fonte", car c’est bien ce métal, utilisé pour la fabrication des premières pièces d’artillerie, qui continuait de l’être en raison de son faible coût par rapport au bronze (bien que plus cassants, les canons en fonte coutaient six fois moins chers que ceux en bronze). C’est également le moindre coût de la fonte qui avait fait choisir ce métal pour la fabrication des millions de boulets dont on avait besoin (En 1697, l’armée et la marine du roi soleil comptaient quelques 7444 canons, nombre qui ne sera plus jamais atteint sous la royauté). Cette confusion entre la fonte et le bronze prendra fin en 1786, lorsque les scientifiques seront parvenus à définir de manière rigoureuse les différences entre le fer, la fonte et l’acier.

En second lieu, au 17ème siècle l’artillerie n’était pas encore une arme à part entière contrairement à ce qu’elle deviendra au siècle suivant. Certes un édit de 1572 prescrivait les seuls calibres qui "devaient" être fabriqués dans le royaume, mais les guerres de religion avaient provoqué un immense désordre dans les arsenaux et un grand nombre de pièces utilisées par les différents partis échappaient totalement au contrôle du pouvoir royal. En outre, la guerre de trente ans (1618 – 1648), puis la guerre franco-espagnole (1635 – 1659) avaient imposé aux responsables de concentrer leurs efforts sur l’approvisionnement des arsenaux tant et si bien que du point de vue technique, comme du point de vue de l’emploi d’ailleurs, l’artillerie évolua peu durant cette période. Ainsi, à la fin de ce siècle, l’artillerie de Louis XIV ressemblait fort à celle de la fin des guerres d’Italie qui date de1559.

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Canons en bronze et canon en fonte.

La différence est d’abord visuelle : les uns sont richement décorés, les autres ne possèdent aucune fioriture.

En troisième lieu et toujours à cette époque, il existait deux types d’artillerie : celle de campagne, destinée à accompagner l’armée dans ses mouvements pour être à même de fournir un appui feu aux troupes lors des combats ; celle des places, dont le rôle était essentiellement défensif. La différence fondamentale entre ces deux composantes résidait dans le fait que l’une devait être mobile et l’autre presque pas. Concrètement, les affûts des pièces de campagne étaient conçus pour parcourir de longues distances alors que ceux des pièces de forteresse étaient faits pour permettre les menus déplacements indispensable au service de l’arme (chargement, nettoyage, rechargement, etc.), pour la mise en batterie (visée de la cible) et pour absorber le recul de la pièce au départ du coup. Ils étaient donc plus lourds, plus solides et munis seulement de deux petites roues pleines. En outre les calibres les plus gros, donc les canons les plus lourds, étaient tout naturellement réservés aux places. Au fil du temps, les contraintes de la guerre ont bien évidemment privilégié l’appui des troupes en campagne au détriment de celle des places et certaines places au détriment d’autres (notamment celles faisant face aux Provinces Unies, l’actuelle Hollande, par rapport aux autres). Ainsi progressivement les places se sont-elles vues équipées du matériel le moins performant et il n’était pas rare de trouver dans la plupart d’entre elles des prises de guerre de fabrication étrangère parvenues là on ne savait pas trop comment. Surirey de Saint Rémy signale la présence d’un canon de calibre 96 à Strasbourg et d’un autre de 48 à Brest. [4] Blaye n’échappait évidemment pas à cette règle et avait sa part d’armes "exotiques", notamment dans les calibres les plus petits.

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Affût de campagne du XVIIème.

Sur la vue de gauche, l’affût proprement dit ; sur la vue de droite, l’avant-train qui constituait un progrès considérable en termes de mobilité de la pièce.

Une grande variété de canons n’était cependant pas catastrophique en soi étant donné que ni l’espace ni le temps ne manquaient dans une forteresse normalement à l’abri de toute attaque surprise et que, finalement, qu’elles soient en bronze ou en fonte, étant d’un même calibre, ces pièces tiraient les mêmes boulets.

L’essentiel était de disposer d’un canon sur son affût, car une bouche à feu posée à même le sol est totalement inutile, ainsi que des munitions appropriées (boulets + poudre).

Partant de ce raisonnement élémentaire il est donc aisé de vérifier les capacités réelles de l’artillerie en dotation à Blaye au 1er janvier 1695 en réunissant dans un même tableau certaines données fournies par l’inventaire.

Ce tableau figure ci-après et il est riche d’enseignements.

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Le premier constat que l’on puisse faire en parcourant ce tableau concerne les bouches à feu inutiles, c’est-à-dire celles pour lesquelles il n’y avait aucun boulet ou bien encore aucun affût : leur nombre (32) n’est pas négligeable puisqu’il représente un peu moins du tiers de la dotation (31 % exactement).

Le deuxième constat a trait à la mobilité des pièces utiles. Le ratio global 80 – 20, (80 % de pièces peu mobiles et 20 % ayant la capacité d’être rapidement transportées à l’endroit où l’on pouvait en avoir besoin), paraît tout à fait adapté à la situation tactique de la citadelle. Le seul vrai problème lié aux pièces peu mobiles était celui de leur tenue face aux agressions du temps. En d’autres termes, les affûts étant en bois et les moyens de protection rudimentaires, il était impossible de les laisser indéfiniment sur les remparts, faute de quoi ils se seraient lentement détériorés jusqu’à devenir inutilisables.

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Affût de place.

Il s’agit d’un affût imaginé par Vauban lui-même, d’où sa dénomination : "affût à la Vauban".

Le troisième est relatif à la dotation en boulets. La dotation initiale, c’est-à-dire le nombre de coups que devait réglementairement posséder une arme au début d’une campagne, varie en fonction d’un paramètre essentiel : celui des finances. A la fin du 17ème siècle la dotation "normale" était de 500 boulets par canons. À Blaye, comme probablement dans bon nombre de places fortes, ce chiffre théorique n’était atteint et dépassé que dans 18 % des cas, soit pour 16 pièces sur les 71 utiles. Par ailleurs, on notera le nombre particulièrement élevés de boulets disponibles pour les canons de 34, ce qui laisse à penser que ce calibre avait été privilégié en raison de la capacité de destruction de la munition sur les navires. En effet, de tels calibres étaient normalement utilisés pour pratiquer des brèches dans les remparts (il en était de même pour les calibres de 16 et de 24). Enfin, pour clore ce paragraphe sur les boulets, nous n’avons pas jugé utile de faire apparaître dans ce tableau certaines munitions inadaptées aux bouches à feu de la citadelle. Il s’agit de 60 boulets de calibre 42, de 9 boulets ramés (calibre non précisé), de 260 carreaux de fer (calibre également non précisé) et de 16 munitions dont le nom est indéchiffrable car illisible.

Le quatrième et dernier constat, assez surprenant d’ailleurs, concerne le poids de la dotation en boulets. Outre le fait que l’ensemble représentait une masse conséquente difficile à déplacer en cas d’urgence, son poids total révèle un déficit flagrant des capacités de tir de ces armes. A cette époque les règles d’utilisation de l’artillerie prescrivaient que pour tirer un boulet il était nécessaire de charger une quantité de poudre équivalente aux 2/3 de son poids. En conséquence, pour tirer les 108,7 tonnes de boulets "utiles" (c’est-à-dire ceux pour lesquels l’on disposait du canon approprié et de son affût) il aurait fallu disposer d’un stock de plus de 72 tonnes de poudre. Or ce n’était pas le cas, puisque la quantité de poudre dans la citadelle ne dépassait guère les 25 tonnes. Par conséquent, le commandant de l’artillerie de Blaye pouvait au mieux espérer tirer 75 tonnes de boulets. Autrement dit, 30 % de la dotation en projectiles était inutile et ne pouvait constituer, en fait, qu’une réserve destinée à réapprovisionner ceux qui avaient besoin de l’être en espérant qu’ils utilisent les mêmes calibres (bateaux de la marine royale ou artillerie de campagne de l’armée du roi). Il importe également de souligner que les quantités de poudre disponibles pour l’artillerie étaient encore inférieures à ce calcul théorique car il fallait également doter l’armement individuel, ne serait-ce que pour procéder à l’entraînement de l’infanterie stationnant dans la citadelle. [5]

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Baril de poudre et rangement des barils dans le magasin à poudre.

A Blaye, le magasin à poudre est appelé "la poudrière".

Pour finaliser ce chapitre "technique" sur l’armement lourd détaillé par l’inventaire, il semble utile de préciser ce que l’on entend par "Impedimenta des pièces d’artillerie". Le service d’un canon ne se faisait pas à "mains nues" et cela d’autant plus que ces derniers avaient une masse importante (de 200 kg pour les plus petits à près de 3,5 tonnes pour les plus gros), et une taille conséquente (2,5 m de longueur pour les plus petits et 5 m pour les plus gros).

Le chargement d’une pièce, la mise en batterie, la visée, la mise à feu, le nettoyage sommaire avant le rechargement, les opérations de rechargement, le retour en batterie [6], nécessitaient l’utilisation d’une panoplie d’outils assez conséquente. L’inventaire nous apprend que la citadelle disposait de 100 panoplies complètes et de quelques 396 outils de rechange, ce qui représente environ 2 200 instruments…

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Panoplie d’outils necessaires au service d’un canon.

Conclusion partielle.

En conclusion de cette première partie consacrée à l’armement lourd, l’on peut raisonnablement avancer qu’en 1695, la citadelle de Blaye faisait partie des places fortes les mieux dotées, ce qui donne une idée de son importance au sein des quelques 132 forteresses construites ou remaniées sous l’égide de Vauban pour édifier le "pré-carré" du grand roi.

Toutefois, un examen attentif des dotations fait apparaître un véritable décalage entre la volonté politique et la réalité des faits : les armes lourdes sont certes nombreuses sur le papier, mais les possibilités réelles de cette artillerie somme toute assez hétéroclite, font apparaître un sous-équipement flagrant, notamment en ce qui concerne la poudre.

Globalement, avec 31 % de ses canons inutilisables et l’impossibilité de tirer plus de 70 % des projectiles en dotation faute de poudre, au 1er janvier 1695, ce qu’on appellerait aujourd’hui la "capacité opérationnelle" de l’artillerie était, à Blaye, inférieure à 50 %.

Heureusement, il n’y avait guère que le commandant de l’artillerie de la citadelle et ses supérieurs directs à connaître cette réalité… Les autres et notamment les ennemis du roi l’ignoraient totalement.

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Le tir de but en blanc.

Sur la figure du haut, tel qu’il était compris au XVIIème siècle.
Sur la figure du bas, tel qu’il était (et est toujours...) dans la réalité.

Remarque sur le tir de "but en blanc" (ce chapitre a été rajouté suite à plusieurs questions posées par des internautes à notre adresse électronique : vieuxblaye@free.fr)

Au 17ème siècle il n’existe que deux manières réglementaires de tirer au canon : "de but en blanc" et "à toute volée".

Dans le premier cas, le servant du canon (on dirait aujourd’hui "le pointeur") aligne autant qu’il le peut l’arrière et l’avant de la pièce avec la cible. Il ne fait rien d’autre que viser et en agissant de la sorte il est à peu près certain que le boulet va percuter le point qu’il aura visé. La ligne de visée se confond avec un point donné de la trajectoire du boulet, le tir est donc direct du canon à l’objectif. On notera que cette rencontre (entre la visée et un point donné de la trajectoire) varie en fonction du calibre du canon et de multiples autres paramètres difficiles à apprécier à cette époque (qualité de la poudre, usure du canon, manière dont le bouchon de foin était réalisé, conditions météorologiques, capacités du pointeur, etc.). Pour faire simple, on retiendra que la distance de tir de but en blanc à cette époque était de l’ordre de 500 à 600 m.

Cela ne veut pas dire que les anciens étaient incapables de tirer et de faire but à une distance supérieure, car bien évidemment, le boulet allait beaucoup plus loin, cela veut simplement dire que la probabilité de faire but diminuait avec la distance. [7]

En effet, dans le deuxième cas (tir "à toute volée"), on faisait prendre au canon un angle de 45 ° et là, plus question de visée directe : on amenait grossièrement le tube dans l’axe de l’objectif et le boulet atteignait des distances considérables, entre 3 et 4 kilomètres selon le calibre. [8] Bien évidemment, la précision n’était pas au rendez-vous et on était totalement incapable de déterminer l’endroit exact où ça allait tomber. Mais qu’importe, ce genre de tir étant utilisé pour les objectifs vastes, comme par exemple une ville : le manque de précision n’était pas rédhibitoire, l’essentiel étant que "ça tombe dedans", un peu n’importe où, ce qui était d’ailleurs excellent pour démoraliser les civils qui y habitaient encore.

C’est exactement ce genre de tir que pratiqueront les Anglais en 1814 à Blaye.

L’origine de l’expression "but en blanc" ne fait pas l’unanimité. Néanmoins, il semble bien que "but" soit tout simplement la déformation de "butte" (comprendre "butte de tir"), endroit d’où l’on tire à l’entrainement et que "blanc" soit le centre de la cible d’entrainement qui est de cette couleur pour des raisons de visibilité.

Il s’agit donc d’un tir direct, par opposition au tir indirect où le tireur ne voit pas la cible sur laquelle il tire.

Dire quelque chose de "but en blanc" signifie donc parler directement et sans détour.

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Tir au canon au 17ème siècle.

Il ne s’agit pas ici d’un tir "de but en blanc" puisque le point visé ne correspond pas exactement à un point donné de la trajectoire.

Bibliographie :

Pour rédiger cet article, nous nous sommes principalement appuyés sur les ouvrages dont la liste figure ci-après :

- L’artillerie française, naissance d’une arme (1665-1765), par Frédéric NAULET, éditions Economica, 2002. Docteur en histoire, auteur de "La ferme des poudres et salpêtres", Frédéric Naulet est un authentique expert dont la lecture est indispensable pour qui s’intéresse à ce sujet et à cette époque.

- Mémoires d’artillerie, tomes 1 et 2, par Pierre SURIREY de Saint REMY, édition de 1697, téléchargeable sur internet.

- Dictionnaire militaire portatif, tome 1, 2 et 3, par AUBERT de La CHESNAYE Des BOIS, édition de 1758, téléchargeable sur internet.

- Les guerres de Louis XIV, par John A. LYNN, Perrin 2010.

- Artillerie. C’est-à-dire vraye instruction de l’artillerie et de toutes ses appartenances, par Diego Ufano, édition de 1614, téléchargeable sur internet.


Notes

[1La fonction de Commissaire est très ancienne puisqu’elle remonte à 1335. Sous Louis XIV, elle existe sous trois formes : les Commissaires Ordinaires des Guerres, les Commissaires Provinciaux et les Commissaires Ordonnateurs. Leur rôle consiste essentiellement à veiller au bon ordre et à la discipline, à passer les revues des troupes et des places puis d’en rendre compte à la Cour. Ce sont donc à la fois des inspecteurs et des contrôleurs.

[2Ce registre est conservé dans la Bibliothèque de l’Institut de France, institution académique créée le 25 octobre 1795, qui siège au nᵒ 23 du quai de Conti dans le 6ème arrondissement de Paris

[3Deux hypothèses peuvent être formulées quant à l’armement du fort Pâté : soit le fort n’était pas équipé à cette date ; soit son équipement était compris dans celui de la citadelle. La nature même du fort (une tour à canons) et le fait que ses servants soient relevés chaque jour en barque par des soldats de Blaye, laisse supposer que son équipement était inclus dans celui de la citadelle, cependant le doute subsiste.

[4Pierre de Surirey de Saint Rémy (1645-1716), Commissaire provincial de l’Artillerie en 1692, puis lieutenant du Grand maître de l’artillerie de France en 1703 et maréchal de camp. Il est l’auteur des "Mémoires d’artillerie" en deux tomes, dont la première édition date de 1697.

[5Dans les places de première ligne, tout soldat d’infanterie doté d’une arme à feu, devait, normalement, pouvoir tirer 6 fois par mois, en deux séances de tirs.

[6A chaque tir le recul d’un canon était compris entre 3 et 4 m et une fois rechargé, il fallait le ramener à sa position initiale, dans l’embrasure du rempart.

[7Ainsi, le pointeur de l’un des canons de la citadelle voulant tirer sur un navire situé environ 800 m, voire plus loin, devait viser un peu plus haut que l’endroit habituel pour être certain de l’atteindre. Par exemple le milieu de la mature. Il est bien évident que la taille du bateau devenait très importante, comme l’appréciation de la distance, de sa vitesse de déplacement latérale… Autant de paramètres qu’il était néanmoins possible d’apprécier finement dès lors que l’on pouvait observer à loisir le passage des bateaux sur l’estuaire. Il ne restait plus qu’à vérifier ses appréciations par quelques tirs d’entrainement sur de vieux navires ou bien carrément sur la pointe de l’île Pâté.

[8Si on voulait tirer plus près, il suffisait de diminuer la quantité de poudre. L’on notera cependant que ce genre de tir était plutôt réservé aux mortiers qui étaient spécialement conçus à cet effet. Dans son ouvrage "L’art de jeter des bombes" paru en 1683, François Blondel explique même comment s’y prendre pour calculer la portée dont on a besoin.



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