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De Blaye à Ruffec, sur la trace des rescapés de l’opération Frankton.

Il y a quelques années, nous avons publié un article sur l’opération Frankton (http://www.vieuxblaye.fr/spip.php?article58), article qui a connu un gros succès puisqu’il compte parmi les plus consultés de notre site.

Par ce nouveau billet, notre propos est de faire revivre la partie pédestre de l’exfiltration qui a débuté après le sabordage des kayaks, à quelques kilomètres au nord de Blaye pour prendre fin à Ruffec, en Charente, à plus de 160 km du point de départ.

Cet itinéraire a été très récemment parcouru par l’un de nos adhérents et nous lui laissons volontiers la parole afin qu’il nous apporte plus de précisions sur cette randonnée un peu particulière car encore inédite.

Cliquer sur les vignettes pour les agrandir.

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Herbert George HASLER (à gauche) et William Edward SPARKS (à droite).

Les voilà tous deux simples civils, dans les années 50. Hasler, surnommé "Blondie" est décédé en 1987, à l’âge de 73 ans et Sparks, surnommé "Bill" en 2002, à l’âge de 80 ans.

Tout d’abord, pourquoi refaire l’itinéraire d’exfiltration des rescapés de l’opération Frankton ?

A cela plusieurs raisons.
La première est incontestablement la volonté de rendre un hommage, véritable et sincère, aux deux seuls survivants de ce raid, le commandant (Major en anglais) Hasler et son co-équipier, le Marine Sparks. On peine aujourd’hui à imaginer ce qu’a pu être leur repli, en plein hiver 42, dans un pays occupé dont seul l’officier possédait quelques rudiments de langue...
Nous (car nous étions deux), avons refait leur itinéraire au mois de juin et bien évidemment en temps de paix. Les conditions n’étaient donc pas comparables et la moindre des choses, à nos yeux, était de respecter l’effort physique qui fut le leur. C’est ce que nous avons fait en couvrant la distance Blaye / Ruffec en six jours, comme eux.
La deuxième raison réside dans la volonté de faire avancer un dossier qui traîne. En effet, le désir de créer un itinéraire balisé entre Blaye et Ruffec pour honorer la mémoire de ces deux véritables héros est apparu il y a plus de quinze ans. Mais, ayant eu l’occasion d’assister récemment à une réunion de travail sur ce projet, j’ai pu constater combien cette affaire avait du mal à déboucher… Alors, nous avons décidé d’agir en rédigeant un document "prêt à l’emploi" et en l’offrant gratuitement à tous ceux qui seraient intéressés de rendre un hommage autre que verbal à ces deux soldats anglais et à leurs huit camarades tués lors du raid.
Enfin, sur un plan personnel, ce parcours présente plusieurs atouts indéniables : outre l’émotion que l’on ne manque pas de ressentir lorsque l’on traverse un endroit où l’on sait que les deux Royal Marines sont passés il y a 73 ans, il offre l’occasion de faire de la topographie, de pratiquer un sport simple, mais vivifiant, tout en découvrant une région magnifique.

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La principale bibliographie consacrée à l’épopée des FRANKTON.

Les deux premiers ouvrages sont incontestablement les plus intéressants.

Parlez-nous de vos recherches historiques.

Elles se résument essentiellement à la lecture des principaux ouvrages traitant de l’opération Frankton. A ma connaissance, il en existe cinq dignes d’intérêt.
Le premier, intitulé "Opération coque de noix", est paru chez Calmann-Lévy en 1957. Il s’agit de la traduction d’un livre anglais ("Cockleshell Heroes") écrit en 1956 par un officier britannique, Lucas Philips, avec l’aide du lieutenant-colonel Hasler, chef du commando et l’un des deux rescapés de cette opération. Malgré une traduction parfois maladroite, il reste LE document de référence sur l’opération Frankton. Écrit une dizaine d’année après les faits à partir d’un témoignage incontestable, il demeure la principale source des différents auteurs qui se sont par la suite intéressé à ce sujet.
Le second, "A Brilliant Little Opération" a été écrit en 2012 par Lord Paddy Ashdown. Ce livre (en anglais) est le résultat de recherches approfondies menées par un ancien des forces spéciales passionné par cette action hors du commun. Son travail, par ailleurs excellent, fait largement référence à l’ouvrage de Lucas Philips tout en y ajoutant des éléments de contexte et en y incorporant de nombreux témoignages. En outre, il comporte en annexe des documents intéressants, notamment l’ordre d’opération de FRANKTON. C’est une pièce d’une valeur exceptionnelle qui fournit de précieuses indications, tant sur l’esprit que sur la lettre de la mission reçue par le commando.
Les trois autres, dans l’ordre "Commando de l’impossible" de François Boisnier et Raymond Muelle, "Opération suicide" de Robet Lyman et "cockleshell Raid" de Ken Ford (en anglais), reprennent les évènements décrits par Philips en les romançant plus ou moins, parfois un peu trop… Il faut aussi noter que ces auteurs citent des témoignages, qui posent, en dépit de leur bonne foi, des problèmes de fiabilité. En effet, il est extrêmement difficile de faire resurgir, en toute impartialité et sans les enjoliver, des évènements datant de plusieurs dizaines d’années…

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L’itinéraire d’exfiltration à pied des deux rescapés.

Comment avez-vous procédé pour retrouver l’itinéraire suivi par les deux rescapés ?

En fait, il est quasiment impossible de reconstituer de manière sûre l’itinéraire suivi par les deux rescapés (itinéraire que l’on peut appeler "historique").
A cela plusieurs raisons :

  • d’une part, certaines portions ont été parcourues de nuit, à la boussole, à travers champs en évitant toute habitation ;
  • d’autre part, ils se sont parfois perdus (ce qui est facilement compréhensible étant donné les circonstances…) ;
  • enfin, l’itinéraire décrit par Lucas Philips (donc par Hasler) a été reconstitué de mémoire, plusieurs années après les faits, alors que d’autres évènements importants étaient survenus venant déformer, voire "écraser" les souvenirs.

Globalement, ils sont passés par des endroits bien identifiés, notamment des villages, mais il faut rester prudent sur le parcours entre ces différents points de passage.
Enfin, si le nivellement n’a pas évolué depuis 1942, il n’en est pas de même de la planimétrie : de simples chemins forestiers sont devenus des routes goudronnées, des lignes de chemins de fer ont disparu, de nouvelles voies ont été créées (par exemple la piste cyclable entre Blaye et Étauliers, l’autoroute A 10, les voies de contournement des villes importantes, la LGV Tours/Bordeaux, la mise à deux voies de la RN 10, etc.) et l’habitat s’est fortement densifié, ne ressemblant plus du tout à ce qu’il était à cette époque…
C’est la raison pour laquelle nous avons travaillé avec deux types de cartes : un jeu de datant de 1940 et l’autre récent (la couverture au 1/25 000 de l’IGN). Nous avons fait de même avec les boussoles : l’une aussi rudimentaire que les boussoles "button" utilisées par Hasler et une autre moderne et précise.
Nous sommes passés par tous les lieux cités par Philips, dont certains sont signalés aujourd’hui par une plaque commémorative. Entre ces lieux, chaque fois qu’un doute s’installait, nous partions des informations fournis par les anciennes cartes et nous les comparions à ce qui était possible de faire, par exemple pour éviter une route où la circulation est devenue particulièrement dense. Parfois nous avons volontairement rallongé notre chemin pour emprunter un itinéraire que nous jugions sympathique tout en respectant la direction générale de marche ou bien pour rejoindre un lieu d’hébergement.

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Une chambre d’hôtes aménagée avec goût...

Comment avez-vous fait pour manger et dormir ?

C’est assez simple. Voulant faire cet itinéraire dans le même laps de temps que les deux rescapés, nous nous sommes débrouillés pour faire correspondre nos haltes du soir avec un lieu d’hébergement (chambre d’hôtes ou gîte) offrant ce que nous cherchions (douche, literie, repas du soir -si possible- et petit déjeuner). Nous avons trouvé tout cela à proximité immédiate de notre itinéraire, sauf le premier soir, à Donnezac, où nous avons été récupérés par une voiture qui nous a ramené au même endroit le lendemain matin.
Pour ce qui est du repas de midi, c’est simple, nous l’avons supprimé. En revanche, toutes les deux heures nous faisions une pause casse-croûte à base d’aliments rustiques, mais énergétiques (pain, saucisson, fromage, œufs durs, oignons, foie de morue, tomates, etc.). Il faut souligner que nous sommes des adeptes de la marche ultra-légère (mieux connue sous l’acronyme de MUL), nos sacs pesaient entre 8 et 9 kg au total avec l’eau, les vivres, les vêtements de rechange, un duvet ultra léger, un nécessaire de toilette et divers produits de première nécessité (lait concentré sucré, nescafé, un peu de nourriture lyophilisée, de quoi chauffer de l’eau, etc.).
Un tel poids et la nature du terrain rendent totalement inutiles les grosses chaussures montantes, comme d’ailleurs les bâtons de marche : il faut randonner léger pour randonner heureux ! [Pour ceux qui seraient intéresser par l’idée de la marche ultra légère, nous ne pouvons que conseiller d’aller faire un tour sur le site de l’association : http://www.randonner-leger.org/wiki/doku.php?id=accueil ]

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Quelque part, entre Raix et Ruffec...

Dernière question : est-ce un parcours difficile et quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui voudrait se lancer dans cette aventure ?

Non, ce n’est pas un parcours difficile. Certes, il faut être capable de marcher une trentaine de kilomètres par jour pendant six jours, mais cela est à la portée de n’importe quel randonneur qui se respecte.
Le problème le plus délicat est l’orientation car il n’existe aucun balisage.
Le seul conseil que je puisse donner à quelqu’un qui veut se lancer dans cette "aventure" est de lire attentivement le carnet de route que nous avons rédigé à cette intention.
Outre un résumé des recherches que nous avons effectuées et du raisonnement que nous avons suivi pour tracer ce que nous pensons être "l’itinéraire historique", ce document indique le détail du parcours que nous proposons pour :

  • pallier aux inconnues du parcours historique ;
  • éviter les routes trop fréquentées ;
  • utiliser autant que faire se peut au regard de la direction générale de marche, des chemins forestiers ou des pistes permettant de "sortir du goudron".

Il comporte également tous les détails relatifs à l’hébergement (adresses et moyen de contact des différents gîtes ou chambres d’hôtes).

Enfin, il fournit des extraits de cartes au 1/25 000 nécessaires pour ce périple, sur lesquels sont tracés les différents parcours précédemment cités.

Pour le télécharger, il suffit de cliquer sur "Carnet de route", dans le document joint ci-dessous.

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Carnet de route de l’exfiltration pédestre des rescapés du commando Frankton.

... destiné à tous ceux qui veulent rendre hommage aux membres du commando Frankton en parcourant un itinéraire similaire à celui effectué par les deux rescapés entre Blaye et Ruffec.




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