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Sortie estivale 2014 de la SAVB, encore un excellent millésime...

Tous les deux ans, la SAVB convie ses adhérents et sympathisants à découvrir un aspect méconnu de notre patrimoine local.

Cette année, c’est un périple à travers le nord Blayais que les organisateurs avaient concocté et le sujet était séduisant puisque ce sont finalement plus de soixante-dix participants qui se sont retrouvés aux portes de la citadelle, le dimanche 31 août 2014.

Le programme était volontairement dense et on aurait pu craindre une certaine lassitude, mais il n’en fut rien. Grâce à des interventions de qualité, à la variété des sites et des sujets traités, à une météo particulièrement clémente et enfin grâce aussi à un excellent repas, cette journée a été globalement une belle réussite.

Pour ceux qui n’ont pas pu se joindre à nous ce jour-là, nous avons rédigé un compte-rendu succinct de ces visites. Bonne lecture.

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Les gentils organisateurs donnent les consignes.

Tout a commencé à 9h45 à deux pas de la citadelle, où les consignes étaient données par les GO.

Ensuite, direction la première étape : le château de La Grange à proximité immédiate de Blaye. Là, nous avons été accueillis par le propriétaire des lieux qui a eu l’extrême amabilité d’effectuer un déplacement de près de 100 kilomètres, tôt ce dimanche matin, pour nous permettre d’admirer cette belle et imposante bâtisse normalement fermée à toute visite. Nous tenons à souligner ici combien nous avons été sensible à son geste.

L’ancien château de La Grange, aujourd’hui disparu, était constitué d’une bâtisse du 17ème siècle avec une tourelle ronde datant de 1641. Il appartenait au capitaine Antoine Deluc de La Grange, officier d’Infanterie, chevalier de Saint Louis et maire de Blaye de 1810 à 1819, avec une interruption pendant les cents jours durant lesquels il a été remplacé par le lieutenant-général Faveraud. Ses filles ont vendu le manoir, probablement à la fin des années 1830, à Edouard Le Lièvre, marquis de La Grange de Tilly et de Fourille, qui cherchait à s’établir dans la région où son épouse avait des intérêts familiaux importants. Comte du premier empire, député de l’arrondissement jusqu’en 1848, sénateur sous le second empire, président du conseil général de la Gironde, représentant du canton de St Savin, par ailleurs membre de l’Institut et grand-croix de la Légion d’Honneur, le marquis de la Gange était quelqu’un de très estimé dans le Blayais, car il était "fort soigneux des petites affaires de ses électeurs".

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Façade avant du château de La Grange

Selon Georges Eugène Haussmann, notre sous-préfet de 1842 à 1848, l’ancien château était une demeure austère : "c’était un manoir bas et triste, auquel toute vue manquait, même du côté du fleuve dont un massif de grands arbres (les seuls de la propriété), suivis de prairies d’alluvions impraticables cachaient l’immense nappe d’eau".

Heureusement, la marquise, femme d’esprit éprise de belles lettres, y recevait régulièrement des auteurs célèbres parmi lesquels Lamartine que notre ancien sous-préfet va côtoyer à plusieurs reprises. C’est également en ce lieu où, surveillant la plantation d’un parterre destiné à l’égayer quelque peu, qu’il prendra connaissance, le samedi 26 février 1848 au matin, d’une dépêche télégraphique lui annonçant qu’à Paris la révolution a éclaté, le roi Louis-Philippe a été chassé et la république proclamée…

Le château que nous pouvons admirer aujourd’hui a été construit en 1856, sur les plans de Viollet-le-Duc. [1]. Le marquis de La Grange n’ayant aucune descendance, le château éponyme a connu une histoire mouvementée, avec de nombreux changements de propriétaires. Un membre de la SAVB nous rappelait d’ailleurs qu’au tout début des années 1960, il était quasiment à l’abandon, livré au pillage et aux dégradations.

Les actuels propriétaires se livrent à une restauration de qualité et nul doute que lorsqu’ils auront achevé l’œuvre entreprise, le château De La Grange retrouvera toute sa splendeur initiale.

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Façade arrière du château de La Grange

La deuxième étape de la journée était située sur la commune d’Anglade, à proximité des ruines de ce qui fut le château la Barrière dont l’histoire remonte au haut moyen âge et aux Rudel, comtes de Blaye à partir des environs de l’an 1000. Pour plus de détails sur son histoire nous vous invitons à consulter l’article rédigé ici même sur notre site : Le château de la Barrière..
Après avoir succinctement rappelé les grands moments de ce château aujourd’hui disparu, l’intervenant a donné quelques précieuses indications sur la zone que la colonne de véhicules allait côtoyer pour rejoindre le prochain site : le marais de la Vergne.

Pendant les trois siècles de la domination anglaise (1154 -1453) l’immense marais qui s’étend des portes de Blaye aux falaises de Mortagne était considéré comme n’appartenant à personne et les habitants des paroisses environnantes y allaient en toute liberté pour le pacage des animaux, le ramassage du bois morts et aussi probablement pour améliorer quelque peu l’ordinaire, la pêche et la chasse leur étant interdite ailleurs…

Les Anglais ayant été boutés hors du royaume, le marais est devenu tout naturellement la propriété de la couronne de France et progressivement lesdites paroisses ont été assujetties à un impôt, fort modeste au demeurant.

Au tout début du 17ème siècle, le roi de France a fait don de la partie nord du marais (Vitrezay, St Bonnet et Cônac) au duc de Richelieu, par ailleurs comte de Cônac, et de la partie sud (Petit marais, marais de St Louis, marais de St Ciers) à Claude Rouvroy, duc de St Simon et gouverneur de Blaye.

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Le marais de la Vergne au mois de janvier.

L’eau est partout...

A partir de 1647, le duc de Saint Simon a fait entreprendre le desséchement des 32 069 journaux [2] constituant son domaine. Une partie des terres est néanmoins laissée quasiment en l’état pour servir de déversoir du trop-plein des petits cours d’eau venant des coteaux de Charente et notamment de la Livenne, il s’agit de la Vergne alors considérée comme la partie la plus pauvre car constituée de "marais tremblants, roseaux, saules, haies, buissons frênes et quelques chênes, le tout inondé, souvent inaccessible, hors des grandes chaleurs".

Entre 1764 et 1810, le domaine appartient à Mme Berryer mais il se dégrade fortement compte tenu de la situation politique générale de la France. Les grandes campagnes de poldérisation ont été mises à mal faute d’entretien et d’argent, tout ou presque est à refaire.
En 1810, le marquis de Lamoignon rentre d’émigration. Héritier par sa mère de l’ensemble des terres achetées à Louis de Saint Simon, en 1755, il refuse de s’adonner à la vie facile et fastueuse que son rang aurait pu lui offrir à Paris et décide de s’installer à Saint-Ciers-la-Lande (devenu Saint-Ciers-sur-Gironde le 3 novembre 1902). Jusqu’à sa mort, en 1845, il va entièrement se consacrer à la remise en état de son immense domaine blayais et y réussira parfaitement puisqu’il deviendra le premier contribuable du département. Pour plus de précisions sur ce que fut ce domaine et sur le résultat des travaux entrepris, nous vous invitons à consulter cet article de notre site :
Le Vitrezais et les marais.

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Le marais de la Vergne.

Un paradis pour les oiseaux.

A la mort du marquis de Lamoignon, ce dernier n’ayant pas de descendance, le domaine a été morcelé entre les familles de La Force et de La Grange (ceux du château dont nous avons parlé plus haut).
S’agissant de La Vergne, elle sera vendue en de multiples parcelles en 1924.

Chose remarquable, ce vaste espace est globalement resté en l’état où il était il y a deux cent ans : sauvage, inhabitée, passablement hostile, mais paradis des oiseaux et aussi des chasseurs, c’est un lieu totalement décalé par rapport aux vignobles qui l’entourent.
Pour plus de précisions sur la Vergne, nous vous invitons à visiter ce site :
http://monpatoislegabaye.blogspot.f...

C’est en empruntant une véritable piste, "le chemin blanc", et en longeant le marais de la Vergne que la "caravane" de la SAVB a atteint son troisième site : la comteau d’Étauliers [3] où il s’agissait d’évoquer en quelques mots ce que fut la "bataille d’Étauliers" en 1814 dont le contexte est décrit ici même sur notre site :
Le siège de 1814

Ces combats étant peu développés dans cet article, principalement consacré au siège de 1814 de la citadelle, il nous a paru utile d’apporter les quelques précisions qui suivent.

Craignant de se laisser enfermer dans Blaye et d’épuiser rapidement les maigres réserves de la citadelle, le général L’Huillier décide, dès le 4 avril de se replier vers Saintes.

Mais c’était sans compter sur la rapidité des Anglais.
En effet, ces derniers, guidés par un officier émigré du nom de Louis du Vergier, marquis de La Rochejaquelein [4], ont franchi la Dordogne en face de St Emilion (à Brannes exactement), se sont emparé de Libourne, puis empruntant des chemins de traverse ont contourné largement Blaye, par St Girons, pour prendre les éléments du général L’Huillier à revers.

Le mardi 5 avril au matin, leurs reconnaissances ont parfaitement repéré la colonne qui vient de quitter Blaye et qui avance péniblement en direction d’Étauliers. Toujours guidés et conseillés par La Rochejaquelein, ils décident d’attaquer à hauteur du lieu-dit la croix de Bonin, dans la comteau. Le combat s’engage et l’effet de surprise jouant à fond, il tourne très vite à l’avantage des Anglais.

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Louis du Vergier, marquis de La Rochejaquelein

Ici en grande tenue de général de l’armée catholique et royale.

Il importe de souligner que dès les premiers coups de feu et de canons, le colonel commandant le 20ème de ligne est tué. Le reste de la troupe, déjà peu motivé, se rue alors précipitamment vers Étauliers en emmenant les blessés et en laissant plusieurs cadavres sur le terrain, dont celui du colonel (il sera enterré ultérieurement dans le cimetière de Cartelègue).

Les Anglais se lancent à leurs poursuites, mais ne dépasseront pas le Pas des Fenêtres, à environ trois kilomètres au nord d’Étauliers où le général l’Huillier a mis à profit la forte hauteur des eaux en cette période de l’année pour leur interdire le franchissement du pont de la Livenne.
Ils se replieront alors sur Étauliers, puis les jours suivants vers Blaye afin de renforcer les troupes qui encerclaient la citadelle.
Il convient de préciser que ce modeste combat (qui aura fait, et c’est tant mieux, moins d’une dizaine de tués) n’a pas changé le cours des évènements qui ont marqué cette époque, on pense notamment à l’abdication de l’empereur. Toutefois il est évident qu’à partir du moment où le général L’Huillier retraitait vers Saintes, la citadelle de Blaye se trouvait totalement isolée et donc seule pour poursuivre le combat. Sur le plan psychologique, une telle réalité n’est pas négligeable.
La matinée s’étant achevée sur cette évocation, il était temps de rejoindre le restaurant "Les Platanes" à Étauliers pour se sustenter. Remarquablement accueillis (la direction a eu la gentillesse de décrocher quelques-unes de ses décorations pour installer nos propres tableaux), chacun a pu y déguster un repas classique, certes, mais vraiment savoureux, qui plus est servi avec beaucoup de diligence par un personnel dévoué, attentif à satisfaire tout le monde. Nous vous recommandons donc fortement cette adresse, tant par la saveur de "sa cuisine traditionnelle française très régionale et de saison" que par la sympathie de son accueil (http://www.les-platanes.com/).

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Une ambiance symphatique.

Une excellente adresse : le restaurant "Les Platanes" à Étauliers.

Il était 15h30, lorsque la "caravane" reprenait la route en direction de Pleine-Selve pour y visiter les restes de l’abbaye qui fit la réputation de ce petit hameau perdu au milieu de l’immense forêt qui, au moyen-âge, s’étendait entre Blaye et Saintes [5].
L’abbaye de Pleine Selve (littéralement "au milieu de la forêt") a été construite entre 1145 et 1150 sur la route de St Jacques de Compostelle. Elle abritait l’ordre des Prémontrés, dont la mission était d’évangéliser les populations insoumises en les aidant à exploiter les terres environnantes. [6]

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Plan de l’abbaye de Pleine Selve.

Située sur la frontière entre l’Aquitaine et la Saintonge, l’abbaye a connu une longue période de prospérité jusqu’au début du 15ème siècle (1407 exactement), date à laquelle les troupes françaises ont ravagé le site après avoir assiégé les villes de Bourg et de Blaye (épisode de la guerre de cent ans).

Les principaux bâtiments de l’enceinte de l’abbaye furent dès lors utilisés comme carrière de pierre pour la construction des plus anciennes maisons de la commune. Classée monument historique en 1908, l’église actuelle, qui mesurait 45 mètres de long au moyen-âge, a été consolidée et entretenue sans discontinuité jusqu’à aujourd’hui (la dernière rénovation réalisée à l’initiative de la municipalité a duré trois ans et s’est achevée en 2010).

Après avoir dignement remercié madame le maire de Pleine-Selve pour son accueil, la "caravane" rejoignait en ordre dispersé Saint-Ciers-sur-Gironde où nous avions quatre sites à visiter.

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L’abbaye de Pleine Selve aujourd’hui.

En premier lieu, La Cassine, la maison dans laquelle est venu s’installer le marquis de Lamoignon en 1810. René-Chrétien-Auguste, marquis de Lamoignon (1765 – 1845), était l’aide de camp du maréchal de Broglie lorsque la révolution a éclaté, il émigre alors en Angleterre. A son retour et comme cela a été dit, il refuse de vivre à Paris et se consacre entièrement à la remise en état et à la gestion du domaine dont il a hérité. Maire de Saint-Ciers-la-Lande, conseiller général de la Gironde, il est nommé Pair de France le 11 octobre 1832 et siégera à la Chambre-Haute jusqu’à sa mort.

Célibataire, il mettra un point d’honneur à vivre selon la tradition anglaise. Chaque jour il faisait table ouverte, à deux services complets, même si aucun de ses amis n’était annoncé. Le cérémonial de la table était immuable quoi qu’il arrive. Le sous-préfet Haussmann viendra d’ailleurs déjeuner une fois par semaine à la Cassine, pour s’entretenir avec celui qu’il nomme sans emphase "un grand seigneur". Le marquis de Lamoignon était riche et avait la passion des chevaux. Ses écuries étaient des modèles du genre, tant pour l’hygiène des bêtes que pour les soins qui leur étaient apportés. Ses attelages étaient d’une élégance rare et forçaient l’admiration.

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La Cassine aujourd’hui.

Une bâtisse qui a encore fière allure malgré l’usure du temps et le peu d’entretien dont elle est l’objet...

De l’extérieur, La Cassine est restée "dans son jus" et c’est une demeure qui a encore fière allure. L’intérieur a hélas été entièrement remanié. Aujourd’hui c’est une école primaire. Les écuries, quant à elles, ont été totalement détruites ou transformées.

A sa mort, le marquis de Lamoignon se fait enterrer au milieu de cette bourgade de Saint-Ciers-la-Lande qu’il aimait tant.

Curieusement, l’emplacement de sa tombe sera complètement oublié pendant près de 150 ans. En effet, la sépulture du marquis de Lamoignon se trouve dans une crypte de l’église paroissiale de St Ciers, crypte dont l’existence était totalement inconnu et qui a été découverte en janvier 2008, après l’étude attentive d’un vieux plan trouvé, tout-à-fait par hasard, dans une brocante…

La SAVB se devait d’aller voir de plus près cette sépulture et c’est ainsi que le groupe s’est "retrouvé" dans l’église de St Ciers située à une centaine de mètre de La Cassine.

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La sépulture du marquis de Lamoignon.

Retrouvée par hasard en 2008...

Après cela, il nous restait deux choses à faire à St Ciers : visiter le musée d’autrefois et découvrir la fameuse pierre noire trouvée dans les décombres du château de la Barrière.

Le musée d’autrefois retrace, comme son nom l’indique, la vie quotidienne et les différents métiers de la région depuis la fin du 19ème siècle jusqu’au milieu du 20ème. Modeste par son volume, il renferme néanmoins une belle collection d’outils et d’objets anciens soigneusement entretenus et judicieusement mis en valeur. Ce lien vous permettra d’en avoir un aperçu :
http://caethdestc.pagesperso-orange...

Quant à la fameuse pierre noire du château de la Barrière, il s’agit en fait d’une pierre tombale dont on peut encore deviner quelques inscriptions. La vraie particularité de cette pierre est que l’on ignore tout de sa provenance puisque aucun minéral de ce type ne se rencontre en gironde, ni même dans la Saintonge toute proche. Si parmi vos connaissances figure un expert en roches et minéraux, n’hésitez pas à nous le faire connaître.

Ayant épuisé nos sujets de visite à St Ciers-sur-Gironde et après avoir vivement remercié notre infatigable et dévouée guide, Mme Janine Mornon, il était temps de rejoindre l’ultime lieu de visite de la journée : le château des Mauvillains, devenu aujourd’hui "La Sauvageonne" (site internet : http://www.lasauvageonne.com/fr).

L’histoire de cette superbe demeure mérite d’être brièvement contée : la première construction d’une maison de maître, aux Mauvilains, date des environs de 1630 et elle est l’œuvre d’un certain André Vincent David, chirurgien, mort en 1686. Ce propriétaire emploie des journaliers et loue ses terres à des fermiers. Son fils, Pierre Yves David, sieur des Mauvilains, né en 1673, est juge, sénéchal, mais aussi subdélégué de l’intendant de Guyenne.

C’est dans la demeure actuelle, datant de 1743, parfaitement conservée et entretenue dans l’esprit de l’époque, que le président de la SAVB nous a fait découvrir l’une des belles pièces de la collection appartenant à notre association : l’authentique vareuse du chevalier Pierre d’Arligui. Qui était ce chevalier ?

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La vareuse du marquis d’Arligui.

Il manque notamment les épaulettes...

Une descendante de Pierre Yves David épouse Pierre d’Arligui, né à Bordeaux le 5 juillet 1777, et c’est cet homme qui va connaître un destin tout à fait exceptionnel. Parti en émigration en octobre 1791, il commence une carrière militaire comme simple soldat au service du duc de Bourbon le 28 octobre 1792. Participant à tous les combats menés par les troupes émigrées contre les armées révolutionnaires, il va gravir les échelons un à un pour parvenir au grade de chef de Bataillon en 1815. La liste de ses blessures est impressionnante [7], fait chevalier des ordres royaux de Saint-Louis en 1814 il sera nommé chevalier de la Légion d’Honneur en 1821. Anobli par le roi Louis-Philippe en 1824, il sera désigné gouverneur de la place de Blaye où il forcera l’admiration en invitant moultes fois à sa table de commandant d’armes ses anciens adversaires, soldats de napoléon devenus demi-solde après la restauration. Il sera maire de Saint Palais de 1831 jusqu’à sa mort le 5 février 1849.

Son fils Louis Antoine Léopold d’Arligui sera également maire de Saint-Palais de 1849 à 1852, puis à nouveau 1852 à 1856 et enfin de 1871 à 1892. Il sera simultanément juge de paix du canton de Saint-Ciers-La-Lande et conseiller d’arrondissement de la Gironde.
Une partie des biens restera la propriété des descendants de la famille jusqu’en 1992.

C’est donc dans l’ancienne demeure du chevalier d’Arligui, merveilleusement restaurée et entretenue par les propriétaires actuels, avec en fond de tableau sa vareuse, que la sortie estivale 2014 a pris fin, autour du verre de l’amitié, accompagné d’amuse-gueules délicatement préparés par la maîtresse de maison. Il ne restait plus qu’à la remercier pour son accueil chaleureux, mais également pour ses délicieuses tartes au chocolat dont plus d’un se souvient encore…
Rendez-vous est pris pour la prochaine sortie estivale, en 2016.

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Fronton de la porte d’entrée du château des Mauvillains.

Notes

[1Architecte, Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879) est surtout connu pour ses restaurations de constructions médiévales. Collaborateur de Prosper Mérimée, longtemps inspecteur général des Monuments historiques, il a été chargé de la restauration de quelques-uns des plus monuments de France (cathédrales d’Auxerre, d’Amiens, de Paris, basiliques de Vézelay, de Saint-Denis, cité de Carcassonne, château d’Eu, remparts d’Avignon, etc.). Au début du XXème siècle, son nom devint synonyme des excès du romantisme. "Faire Viollet-le-Duc" était alors un jugement péjoratif, symbole d’une restauration arbitraire trahissant parfois l’esprit de l’architecte concepteur du monument. Aujourd’hui, il est acquis que le patrimoine architectural dont il a eu la charge n’aurait sans doute pas traversé les siècles sans l’influence prépondérante de cet homme, par ailleurs historien et théoricien de l’architecture.

[2Le journal était une unité de mesure de surface utilisée sous l’ancien Régime. Un journal correspondait à la surface d’une terre pouvant être travaillée pendant une journée par un homme seul et sans animaux de trait. Elle était bien évidemment variable en fonction de la nature du sol et un journal de Bordeaux n’était pas équivalent à un journal de Compiègne. Un journal équivalait à plus ou moins une trentaine ares. Le journal se subdivisait en "carreaux" et en "pieds carrés", cette dernière unité de mesure étant encore utilisée dans les pays anglo-saxons.

[3La "comteau" qui s’écrit également "comtau", est un mot dérivé de comté pour désigner un territoire possédé par un comte. Il s’agit ici d’une partie du comté de Blaye dont le premier titulaire fut Roland, le neveu de Charlemagne. Au fil du temps les propriétaires ont changé, mais le nom est resté et douze siècles plus tard on retrouve le terme de comteau pour désigner cette plaine située au sud de la bourgade d’Étauliers.

[4La famille du Vergier de La Rochejaquelein est une ancienne famille de la noblesse du Bas-Poitou éteinte au XIXe siècle. Les Rochejaquelein étaient entièrement dévouée au roi de France pour lequel périront trois frères : Henry, à la tête de l’armée vendéenne en janvier 1794 ; Louis et son frère Auguste, le 5 juin 1815, en luttant à la tête des Vendéens qu’ils avaient soulevés lors du retour de Napoléon pendant les 100 jours.

[5Un document datant de 1466 nous indique qu’il fallait trois jours pour traverser la grande forêt située au nord de Blaye. Sachant que les déplacements se faisaient principalement à pied et que la distance parcourue journellement ne dépassait guère 20 kilomètres pour ceux qui avaient un long chemin à parcourir, comme par exemple les pèlerins de Saint jacques de Compostelle, l’on peut raisonnablement en déduire que cette forêt, principalement composée de châtaigniers et de chênes, faisait près de 60 kilomètres de profondeur...

[6Durant tout le haut moyen-âge, les communautés monastiques se sont beaucoup développées et nombre d’entre se sont établies en plein milieu des bois, soit parce qu’elles recherchaient des zones où s’isoler, soit parce qu’on leur cédait des terres incultes plus ou moins envahies par la forêt. Tout comme les paysans, les moines ont donc joué un rôle important dans le défrichement du milieu forestier.

[7Blessé d’un coup de feu à la jambe gauche le 25 octobre 1793 ; de trois coups de feu qui vont provoquer la perte de l’œil droit le 26 avril 1794 ; de deux coups de sabre le 15 juillet 1796 ; d’un coup de feu à la tête le 13 août 1796 ; d’un coup de sabre au genou droit le 7 septembre 1796 ; d’un coup de pistolet et de deux coups de sabre à l’épaule droite le 14 octobre de la même année…



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