Accueil > Documentation > Articles > Le roi d’Espagne à Blaye

Le roi d’Espagne à Blaye

L’année 1700 se termine.

Remaniée par Vauban, la forteresse de Blaye et ses annexes (fort Pâté et fort Médoc) contrôlent le trafic sur l’estuaire depuis quelques années. Forte d’une garnison avoisinant les 1 000 hommes, armée de plus de 108 canons (68 en bronze et 40 en fonte, précise un état daté de 1695), la citadelle domine le paysage et affirme pleinement la puissance de son propriétaire le roi de France, Louis XIV, qui détient enfin et pour longtemps la clé de la principale porte d’accès à la Guyenne.

C’est en ce début du 18ème siècle que Blaye va vivre un événement historique : le passage du tout jeune roi d’Espagne qui s’en va prendre possession de son royaume.

Les relations de ce voyage abondent, tant il était peu ordinaire. Les gazettes de l’époque et maints chroniqueurs ont rapporté, en prose et même en vers, des détails multiples sur les incidents de route, les fêtes, les séjours dans les villes traversées.

Il est vrai que l’on peine à imaginer aujourd’hui ce qu’a pu être ce voyage effectué au cœur de l’hiver, à une époque où les axes de communication se résumaient à des chemins de terre couverts d’ornières se transformant en autant de fondrières dès lors que la pluie devenait quelque peu dense…

Il faudra 48 jours au cortège royal pour effectuer les quelques 1300 kilomètres qui séparent Versailles de Madrid…

C’est l’épisode du passage de ce cortège à Blaye que nous vous proposons aujourd’hui, à partir d’un opuscule rédigé par Raymond Céleste, bibliothécaire de la ville de Bordeaux au tout début du 20ème siècle, et grâce à nos recherches personnelles sur cet événement assez extraordinaire pour l’époque.

-o-o-o-o-o-o-o-

Cliquer sur les vignettes pour les agrandir.

Le contexte.

Charles II, roi d’Espagne depuis 1665, meurt sans descendance le 1er novembre 1700 à l’âge de 38 ans, Surnommé "l’ensorcelé" ("El Hechizado" en espagnol) à cause de son triste état, tant physique que psychique, attribué à des influences néfastes, voire même diaboliques, il n’était en fait que l’ultime rejeton d’une lignée de mariages consanguins dans la Maison des Habsbourg d’Espagne. Victime bien involontaire de la dégénérescence, Charles II cumulait les handicaps et durant sa courte vie il fut incapable d’assumer seul les responsabilités qui étaient les siennes. [1]

JPEG - 63.3 ko
Charles II

Par son testament du 1er octobre de la même année, Charles II déclare héritier de sa couronne, "conformément aux lois", son parent le plus proche après ceux destinés à monter sur le trône de France : le duc d’Anjou, second enfant du fils aîné de Louis XIV, Louis de France, dit Monseigneur ou le Grand Dauphin.

Toutefois, le problème de sa succession, qui préoccupait toutes les chancelleries européennes depuis un demi-siècle, persiste. Notamment en raison des mariages successifs arrangés dans le cadre de la préservation du patrimoine des grandes familles régnantes de l’époque (les Bourbons en France, la branche cadette des Habsbourg dans le Saint Empire et la branche aînée des Habsbourg en Espagne), qui ont abouti au fait que Louis XIV, roi de France, et Léopold Ier empereur du Saint Empire romain germanique, possèdent tous deux le même degré de parenté vis-à-vis du défunt, chacun étant son cousin et son beau-frère…

Il convient de souligner combien la solution apportée par Charles II, contre toute attente, mettait la France dans un grand embarras puisque elle faisait d’un petit-fils de Louis XIV son légataire universel ; ainsi, selon les termes du testament un Bourbon devait régner sur l’ensemble de la monarchie d’Espagne, qui comprenait encore, outre la Castille, l’Aragon et la Navarre, les Pays-Bas espagnols, les possessions italiennes (Naples, Milan, la Sicile, la Sardaigne, les présides de Toscane) et surtout le vaste empire colonial (Amérique latine, Mexique et Philippines).

JPEG - 529.6 ko
Le domaine européen des Habsbourg en 1700.

Si la France refusait, l’héritage irait à un autre parent du défunt, son cousin l’archiduc Charles, fils cadet de l’Empereur Léopold Ier. Mais la volonté expresse du roi Charles II, ou plutôt celle de ceux qui avaient œuvré pour la rédaction de cet acte étant donné l’état du roi, était le maintien en l’état du royaume d’Espagne, tout partage de l’héritage étant exclu, et cette clause bouleversait les combinaisons échafaudées par la diplomatie française depuis le début du règne de Louis XIV.

Ce dernier se trouva donc obligé de décider, et de décider très vite, l’attitude à adopter : soit accepter le testament de Charles II et faire de son petit-fils un roi d’Espagne, ou bien refuser le testament pour démonter la monarchie d’Espagne, agrandir le royaume de quelques provinces et apaiser les Puissances maritimes - solution qu’il avait sérieusement envisagée depuis la négociation de la paix de Ryswick.

Grâce à un système de courrier très rapide pour l’époque et à un organisme de décision qui faisait l’admiration de toutes les cours d’Europe (le Conseil d’En-haut) [2], Louis XIV put annoncer publiquement, dès le 16 novembre, qu’il acceptait le testament au nom de son petit-fils le duc d’Anjou. Ce dernier devenait ainsi roi d’Espagne sous le nom de Philippe V.

JPEG - 200.9 ko
Philippe V

En costume espagnol.

Le voyage vers l’Espagne.

Voulant que son petit-fils fasse une marche triomphale pour prendre possession du trône d’Espagne, Louis XIV va régler personnellement l’ordre du voyage à travers la France.

Deux petits-fils de France, les deux frères du désormais roi d’Espagne, le duc de Bourgogne et le duc de Berry, seront chargés de l’accompagner avec une brillante escorte devant se comporter comme une cour passagère jusqu’à la frontière. Avec les dignitaires désignés pour former cette escorte suivront tous les services d’une suite royale : chapelains, gardes du roi, exempts [3] , archers de la Prévôté, cent-suisses, médecins, apothicaires, vétérinaires, musiciens, comédiens, huissiers, maîtres d’hôtel, officiers de la chambre, de la garde robe, de la bouche, du gobelet, cuisiniers, blanchisseuses, etc.

Carrosses, chaises, fourgons, surtouts, charrettes, chariots, serviront au transport des gens et des objets nécessaires de cet imposant cortège qui nécessitera l’utilisation de 1740 chevaux et mulets. L’ensemble de l’escorte comptera ainsi près d’un millier de personnes et le convoi atteindra les deux cents véhicules.

Pour accoutumer le jeune roi à ses nouvelles fonctions, le cérémonial a été réglé avec soin et un maître de cérémonie chargé de veiller à sa bonne exécution. Le roi d’Espagne doit avoir sa messe séparée, sa table distincte, avec grand et petit couvert ; ses frères ne doivent pas manger avec lui à cause de l’étiquette qu’ils ne pourront oublier que dans l’intimité. Ces trois jeunes gens dont l’aîné, le duc de Bourgogne est âgé de dix-neuf ans ; le second, le duc d’Anjou, le nouveau roi, de dix-huit ans et le troisième, le duc de Berry, de quinze ans, auront pour précepteur le duc de Beauvilliers et le maréchal duc de Noailles. L’escorte devra accompagner le roi jusqu’à la frontière, où les grands d’Espagne viendront le recevoir et le conduire à Madrid. Le duc de Bourgogne et le duc de Berry continueront leur voyage à travers les provinces de France en revenant à Paris par un autre chemin.

Louis XIV n’avait rien négligé pour assurer à ses petits-fils la faveur de ses sujets. Il avait recommandé au duc de Beauvilliers et au maréchal duc de Noailles d’engager le roi et les princes à saisir toutes les occasions pour se montrer utilement généreux. A cet effet, il donna vingt-quatre bourses de mille louis d’or chacune, pour les partager entre Philippe V et ses frères ; en outre, le roi d’Espagne recevait cent mille louis d’or. Ce voyage allait coûter plusieurs millions à la France, mais il convenait de faire largement les choses.

L’ordre du voyage étant réglé, Louis XIV fixa au 4 décembre le départ de Versailles. La liste des étapes avec indication des dates d’arrivée à chacune d’entre elles de Versailles à Irùn étant arrêtée, il ne restait plus qu’à s’y astreindre, ce qui fut globalement fait.

JPEG - 290 ko
Blaye en 1700.

Le passage à Blaye.

A partir du lundi 27 décembre une importante délégation venue spécialement de Bordeaux est à pied d’œuvre à Blaye pour accueillir le cortège royal. Outre le convoyage de ce magnifique navire qu’était la "maison navale", cette délégation est chargée de tenir plusieurs tables ouvertes pour les gentilshommes de l’escorte durant leur séjour dans la province de Guyenne. [4]

Le mardi 28 décembre 1700, à trois heures après-midi, les canons de la citadelle de Blaye tonnent pour saluer l’arrivée du roi et des princes dans la ville. La foule, attirée par un spectacle rare, emplit les rues et les places. Les paysans abandonnent leurs travaux saisonniers pour venir voir un roi, deux princes et leur brillante suite. [5]Au bruit des canons se mêlent celui des cloches et celui des fanfares ; au roulement des carrosses et des chariots s’ajoute le bruit des chevaux ; les cris et les vivats du peuple enthousiasmé vient enfin égayer un peu plus l’imposant spectacle.

Jamais Blaye n’avait vu pareille escorte et semblable fête.

Le roi et les princes se rendent dans la maison du juge de Blaye, qui est aussi maire de la ville. On avait pris la précaution de percer les murs de la maison du receveur des aides, dépendante de celle du juge, pour rendre plus commode leur logement.

JPEG - 298.1 ko
Vue de la citadelle en 1700.

Après que les illustres voyageurs aient pris un peu de repos, arrive l’heure des discours de bienvenue avec, dans l’ordre, celui du commandant en chef de la province de Guyenne, puis celui de la délégation venue spécialement de Bordeaux, enfin ceux du maire et des jurats de Blaye.

Le roi et les princes, après avoir rempli les formalités exigées par le cérémonial sont conviés à prendre un rafraîchissement avant d’être invités à se rendre au port "où ils prirent beaucoup de plaisir comme une chose qui leur était nouvelle" raconte Duché de Vanci. Dès qu’ils atteignent le port, les canons de la citadelle les saluent une seconde fois accompagnés par ceux des forts ; un bâtiment anglais et un autre hollandais qui passaient devant Blaye saluent également.

La cour regarde avec intérêt l’embarquement des hommes, des chevaux et des voitures de l’escorte dont on avait pas un besoin immédiat et que l’on envoie sans tarder à Bordeaux.

Ces opérations délicates d’embarquement sont organisées par M. du Saussoy, écuyer du roi, que sa Majesté a chargé de la conduite de tout ce qui regarde l’écurie du nouveau roi et des princes. Philippe V est ses frères regardent pendant une heure les vaisseaux et les frégates qui sont à l’ancre, ceux qui montent toutes voiles déployées vers Bordeaux. Ces spectacles et la vue si agréable de la Gironde les divertit beaucoup raconte un témoin, mais le jeune roi dut s’arracher à ce plaisir et rentrer au logis pour obéir aux exigences de sa haute fonction…

JPEG - 142 ko
Unité d’Infanterie en parade.

La garnison de la citadelle, composée de dix-neuf compagnies d’infanterie sous les armes, forme une double haie au milieu de laquelle passent en rentrant le roi et les princes.

Le soir du mardi 28 décembre, il y a des feux de joie sur la place de la ville et aux carrefours des rues, toutes les fenêtres sont illuminées, dans la citadelle et le fort du Médoc, les canons se font entendre.

Le mercredi 29 décembre, le roi d’Espagne va à pied à la messe à l’église. L’après-midi, la Cour se transporte à la citadelle où les accueillent de nouvelles salves d’artillerie. Au cours de leur visite, le roi et le duc de Bourgogne passent en revue la garnison qu’ils trouvent belle. Le roi donne quinze pistoles aux canonniers, dix aux tambours et six à un canonnier qui a eu le visage brûlé par l’amorce du canon…

JPEG - 255.2 ko
Tambour des armées de Louis XIV.

Pendant des siècles, les tambours ont servis à la transmission des ordres à la troupe.

En sortant de la citadelle, on retourne sur le port où sont en train d’embarquer les chevaux du roi. Un cheval appartenant à M. De Noailles prend peur, tombe dans les eaux turpides et se noie. Il en va de même d’un cocher qui entraîne avec lui un matelot...

Le roi et ses frères quittent le port vers les 17h00 et se préparent à dîner plus tôt qu’à l’ordinaire, car, pour profiter de la marée du lendemain il faut se lever à 02h00 du matin.

Le jeudi 30 décembre, le roi et les princes entendent la messe à 3h00 dans une église qui est sur le chemin du port. Soixante porteurs de flambeaux de cire blanche les accompagnent. La délégation bordelaise ainsi que les jurats les attendent sur le port qui est éclairé par une infinité de flambeaux.

Une vingtaine de personnes triées sur le volet accompagnent le roi et les princes pour prendre place à bord de la maison navale qui a coûté, dit-on, 25 000 livres à la ville de Bordeaux et dont le luxe émerveille tout le monde. La délégation bordelaise, en grande tenue, est à son bord pour accueillir les illustres visiteurs.

Ce bateau ne possède ni voiles, ni rames. Il est tiré par quatre grandes chaloupes peintes de diverses couleurs dont les matelots qui les manœuvrent, "choisis et bien faits", sont vêtus d’un costume bleu, garni d’un galon d’argent et coiffés de bonnets de velours bleu enrichi du même galon.

D’autres chaloupes embarquent les gens de la suite, les musiciens, les officiers de cuisine et les provisions de bouche. Les préparatifs du départ sont assez longs et c’est finalement aux alentours de 04h00 que le convoi prend le large.

A côté des quatre barques remorquant la maison navale, une cinquième suit en cas de besoin et deux autres sont remplies de violons d’un côté et de hautbois de l’autre qui jouent durant tout le trajet. Deux petits brigantins voltigent autour du pavillon royal en tirant de fréquents coups de canons auxquels répondent le tir des fauconneaux et de la mousqueterie, venant des maisons du bord de la rivière. Des bâtiments de toute taille précédent ou suivent l’escorte, à tel point que "la rivière en paraissait couverte"…

Les jurats de bordeaux ont fait préparer un somptueux repas qu’ils vont mettre un point d’honneur à servir eux-mêmes et dit un chroniqueur "on leur donna une si grande confiance aussi bien qu’à la ville de Bordeaux, qu’on ne fit les essais ni du vin ni d’aucun des mets qui furent servis !". [6]

Pour distraire les voyageurs, des jeunes gens de Libourne vont même jusqu’à faire le simulacre d’un combat naval contre un vaisseau venant des îles. Ils échangent plusieurs décharges d’artillerie et le roi et les princes "prirent beaucoup de plaisir en cette aventure".

Finalement, c’est au bruit des canons échelonnés des quais de Bacalan jusqu’à l’imposant château trompette que le roi et sa suite arrivent au port de Bordeaux.

La traversée depuis Blaye avait duré quatre heures et c’est à 8h00 du matin, le 30 décembre 1700, que le jeune roi et sa suite accostent au port de Bordeaux où l’attendent d’autres festivités.

JPEG - 733.8 ko
Port de Bordeaux au XVIIIeme siècle

Épilogue.

Philippe V arrive à l’Escorial, au nord-ouest de Madrid, le 22 janvier 1701, après un voyage de 48 jours.

Mais la situation générale en Europe se complique dangereusement : les partisans de l’archiduc Charles, appuyé par l’Autriche, l’Angleterre, le Portugal, les Provinces-Unies, la Prusse, la Savoie et Hanovre n’acceptent nullement ce qu’ils considèrent comme une main-mise de la France sur le royaume d’Espagne et ses nombreuses possessions.
Débute alors une longue guerre qui va durer de 1701 à 1714 et qui va opposer la France, pays alors le plus puissant d’Europe à la "Grande Alliance" constituée entre l’empereur du Saint-Empire romain-germanique, la Grande-Bretagne, les Provinces-Unies et la Prusse.
Cette guerre, connue sous le nom de "succession d’Espagne" va profondément marquer l’évolution du rapport des forces entre les puissances européennes.

JPEG - 478.6 ko
Le roi Philippe V d’Espagne.

Surnommé le Brave (El Animoso en espagnol).

La Grande-Bretagne va devenir l’une des puissances majeures en Europe, notamment parce qu’elle s’est assuré de précieux avantages outre-mer et a affirmé sa suprématie sur les océans.

L’Espagne qui a définitivement rompu avec un passé de deux siècles de liens familiaux avec l’Autriche, est la grande perdante du conflit ; elle est dépouillée de toutes ses possessions européennes et voit les Anglais s’installer à Gibraltar… Elle devient une puissance secondaire en Europe.

Si la France demeure la première puissance politique, démographique et militaire du continent, elle a perdu sa réputation d’invincibilité sur terre et si son ensemble colonial reste (pour le moment) plus important que celui de la Grande-Bretagne, "le sceptre de l’empire des mers" lui est définitivement enlevé, ses finances sont très durement touchées par la formidable hausse des dépenses de guerre (un pic de 500 millions de livres tournois dépensé pour une centaine de millions de recettes à la déclaration de guerre).

A l’issue des traités d’Utrecht, qui scellent la fin des hostilités, la Prusse et le Piémont sont érigés en royaumes. Les Provinces-Unies qui, depuis 1672, étaient au centre des coalitions antifrançaises voient leur puissance économique et maritime fortement affaiblies.

Quant à Philippe V, reconnu comme roi d’Espagne mais renonçant à ses droits de succession au trône de France, même dans le cas où les autres princes du sang français disparaîtraient, il va gouverner son pays pendant plus de 45 ans et donner naissance à la dynastie des Bourbons d’Espagne, qui règne encore aujourd’hui et dont le roi Felipe VI est le 12ème représentant.

JPEG - 365.7 ko
Les armoiries du roi d’Espagne sous Philippe V.

On note la présence de deux colliers d’ordres. L’ordre du Saint-Esprit fut, pendant les deux siècles et demi de son existence, l’ordre de chevalerie le plus prestigieux de la monarchie française, il a été définitivement aboli le 1er août 1830.
L’ordre de la Toison d’or est un ordre de chevalerie fondé à Bruges le 10 janvier 1430 par Philippe le Bon, duc de Bourgogne, à l’occasion de son mariage avec Isabelle de Portugal. Après de Philippe V sur le trône d’Espagne, cet ordre a fait connu deux orientations bien différentes : pour la branche autrichienne des Habsbourg, il a conservé son côté chevaleresque ; pour les Espagnols il est devenu une simple décoration de mérite.


Notes

[1Dégénérescent, Charles II accumule les tares : épileptique, atteint de syphilis congénitale qui lui avait déformé le visage et la langue (il bavait en parlant), débile (il ne parlera qu’à partir de quatre ans, ne saura marcher qu’à huit et ne parviendra jamais à lire ni à écrire…), il était en outre (et fort heureusement…) stérile. A partir de 1696, ses crises d’épilepsie se multiplient. Il en a six par jour, dont au moins une très forte (dans les deux derniers mois, il en aura en moyenne vingt-cinq dont trois très graves). L’année suivante, l’état du roi se complique encore : il est atteint d’hallucinations qui lui font voir des créatures démoniaques. En 1698, il a de très fortes migraines et commence à délirer. Sous le coup de l’une de ses hallucinations, il tue un courtisan, le prenant pour un loup… En 1699, Charles ne sort presque plus, ses migraines sont quasi-permanentes et il saigne très régulièrement du nez. Enfin en 1700, le roi a de plus en plus de mal à se tenir debout et à parler. Finalement, le 1er novembre 1700 à 11h15 du matin, il meurt, cinq jours avant ses 39 ans, à la fin d’une agonie entrecoupée de délires.

[2Le Conseil d’en-haut est le nom donné au Conseil d’État, ou Conseil des Affaires, sous Louis XIV. Il était appelé ainsi parce qu’il siégeait au premier étage du château de Versailles, à proximité de la chambre royale. D’un volume restreint (ne siègent qu’entre trois et six membres, qui portent le titre de ministres d’État), les délibérations y sont secrètes, et il n’est pas tenu de procès-verbal des réunions. Le Conseil suit le roi dans tous ses déplacements. Sous le règne du roi soleil, le Conseil d’en-haut jouit d’une grande influence, et généralement le roi se conforme aux avis qui y sont donnés.

[3On appelle exempts dans les compagnies de Garde du corps du roi, des officiers qui sont au-dessous des enseignes. Ce mot vient de ce qu’originairement ils étaient des Garde du corps, exempts de faire faction. Les simples Garde du corps, chevau-légers de la Garde, et mousquetaires, ont d’abord rang de lieutenant de cavalerie ; lorsqu’ils ont quinze ans de service, ils obtiennent la commission de capitaine de cavalerie. Les places d’exempts sont données alternativement à un brigadier de la compagnie et à un capitaine de cavalerie : pour celles de brigadier et sous-brigadier, elles sont toujours données à de simples Gardes du corps. Pour de plus amples détails sur l’organisation des Gardes du corps de la maison militaire du roi, voir cet excellent site : http://www.blason-armoiries.org/institutions/g/garde-du-corps.htm

[4Après leur comportement pendant les troubles de la Fronde et leur révolte de 1675, les Bordelais n’étaient pas en odeur de sainteté à Versailles, c’est le moins que l’on puisse dire… C’est d’ailleurs lune des principales raisons pour laquelle le pouvoir royal avait donné l’ordre de construire le verrou de Blaye. Le roi pouvait enfin contrôler efficacement l’estuaire et donc interdire à volonté les activités portuaires de Bordeaux "s’il lui arrivait de faire la bête" comme l’écrivait Vauban lui-même en 1685. Par crainte, autant que pour préserver leurs intérêts, les Bordelais avaient donc décidé de tout faire pour montrer à Louis XIV qu’ils étaient de bons sujets. Le passage du roi d’Espagne leur en offrait l’occasion et ils ne lésinèrent pas sur les moyens, en commençant par la construction d’un bateau spécialement aménagé pour le transport du jeune roi entre Blaye et Bordeaux, une véritable "maison navale", dont le luxe et l’apparat étaient exceptionnels…

[5On peut raisonnablement estimer que le cortège s’échelonnait sur prés de 10 km, avec une durée d’écoulement qui devait largement dépasser les deux heures. Concrètement, lorsque la tête du convoi arrivait à hauteur de l’hôpital St Nicolas de Blaye, les derniers éléments devaient tout juste quitter Étauliers… Les étapes faisaient une trentaine de kilomètres et la vitesse moyenne de progression était de 5 km/h en comptant les haltes inévitables… Cela sans parler du temps perdu à régler les incidents mécaniques (rupture d’essieu, roues cassées, harnachement des chevaux défaits ou sectionnés, etc.) ainsi que les inévitables versements et enlisements qui ne pouvaient que se produire, à cette époque de l’année, tout au long de chemins empruntés essentiellement par des chars à bœufs… On notera que la tête du convoi avait quitté Mirambeau, lieu de l’étape précédente, à 9h00.

[6On servit, raconte le Mercure, quantité de perdrix rouges et même beaucoup de grises, quoique ces dernières soient très rares à Bordeaux. On remarqua grand nombre de faisans, dans ce repas, où les ortolans furent servis par bassins. Les fruits y furent admirés à cause de leur beauté et de la rareté où ils devaient être en cette saison. Les confitures sèches, dont le nombre fut grand, y tinrent avantageusement leur place et on les trouva très belles. On y but vingt sortes de vins, tous excellents, sans compter les liqueurs ; il y en avait un nombre infini de sortes".



Version imprimable de cet article Version imprimable

Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette