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La citadelle de Blaye, objet d’un master en histoire.

Pour beaucoup de gens et notamment les Blayais, la citadelle n’offre guère de nouveauté…

Les vieilles pierres sont là, l’on est habitué à leur présence et on les regarde sans les voir.

La force de l’habitude bien sûr, mais aussi les effets du tourbillon de la vie d’adulte : la curiosité de l’esprit a disparu…

Et pourtant ! Et pourtant la citadelle possède encore des "richesses" comme nous l’avait montré l’un de nos adhérents, le général (2s) Daniel Thomas, et comme vient de nous le démontrer M. Simon Ado.

Simon ADO est étudiant en histoire à Bordeaux et il vient de réussir brillamment (17 sur 20…) son master en ayant traité d’une manière plus complète le même sujet que le général il y a quelques années.

Des réussites au master, il y en a beaucoup ; mais des master dont le sujet porte sur la citadelle de Blaye, à notre connaissance, c’est le seul et c’est la raison pour laquelle nous avons pensé intéresser nos lecteurs en leur faisant découvrir plus en détail le contexte dans lequel Simon Ado a choisi un tel sujet. Pour être complets, il nous a également paru intéressant de demander au général (2s) Thomas son avis sur un sujet qu’il connaît bien.

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N’oubliez pas de cliquer sur les vignettes pour les agrandir.

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Le général (2s) Daniel Thomas et Simon Ado.

Deux générations différentes, mais une même passion : l’histoire.

M. ADO, pourriez-vous nous relater brièvement votre parcours et nous rappeler ce qu’est un master ?

Je suis né en 1990 et j’ai toujours vécu à St Ciers-sur-Gironde où ma famille vit et travaille encore aujourd’hui.

Après des études secondaires au lycée Jaufré Rudel de Blaye et l’obtention du baccalauréat scientifique en 2007, ma passion pour les choses anciennes m’a tout naturellement conduit à m’inscrire à l’Université Michel de Montaigne Bordeaux 3 pour y étudier l’histoire.
Le master, quant à lui, est le résultat d’une modification du système de l’enseignement supérieur français pour l’adapter aux standards européens.

Mis en place au milieu des années 2000, il correspond au niveau Bac + 5 et s’inscrit dans un cycle LMD ("L" comme "licence", donc Bac + 3 ; "M" comme "master", Bac + 5 ; "D" comme "doctorat", Bac + 8).
J’ai préparé le master d’histoire que je viens de réussir après ma licence obtenue en 2011.

Mon général, comment vous êtes-vous intéressé à l’histoire de la citadelle ?

Installé à Blaye en 2006, admis à faire valoir mes droits à la retraite (selon la formule consacrée…) en 2009, j’ai pu à partir de ce moment-là consacrer tout le temps que je voulais à la découverte de la citadelle et de son histoire.

Mes différentes lectures sur ce sujet, les nombreuses conversations que j’ai pu avoir et les visites que j’ai pu effectuer m’ont conduit à faire le constat suivant :

  • tout d’abord, pour beaucoup de gens, la citadelle c’est avant tout l’œuvre de Vauban, le "reste", c’est-à-dire l’avant et l’après Vauban est anecdotique ;
  • ensuite, l’histoire de la citadelle semble s’arrêter le 8 juin 1833, après le départ de la duchesse de Berry ;
  • par ailleurs, peu nombreux sont ceux qui connaissent son histoire militaire ;
  • enfin, contrairement à ce que l’on pourrait croire, la grande majorité des Blayais ignore l’histoire de son patrimoine et de ce fait le néglige. Les Blayais s’imaginent connaître la citadelle car ils la voient tous les jours, mais il n’en est rien.

Partant de ce raisonnement, je me suis rendu compte qu’il existait encore des choses à découvrir et à faire découvrir à l’intérieur de ces vieux murs et j’ai commencé mes recherches.

Quelles étaient concrètement ces choses qui restaient à découvrir ?

Je vais droit au but : dans la citadelle il existe des infrastructures, en surface et souterraines, plutôt en bon état, qui n’ont strictement rien à voir avec Vauban, mais dont personne n’était capable de m’expliquer l’origine et la fonction.

Les premières explications je les ai trouvées grâce à Internet, sur un site que seuls les passionnés connaissent. Il s’agit de www.fortiff.be qui recense plus de 3000 lieux fortifiés pour la France et illustre ses pages par plus de 55 000 photographies. C’est un véritable monument, que l’on peut également trouver en version manuscrite, certes il comporte hélas quelques erreurs pour Blaye, mais il reste néanmoins une référence pour tous ceux qui s’intéressent au patrimoine militaire de la fin du XIXeme et du début du XXeme.

Dès lors que j’ai eu les premiers éléments il m’a suffit de chercher un peu pour trouver les réponses à mes questions.

Et à quoi vous ont amené vos recherches ?

Elles m’ont permis de découvrir l’origine de ces constructions, pourquoi elles avaient été édifiées et ainsi d’expliquer les différents aménagements effectués dans une partie de la citadelle accessible au public, mais aussi dans une partie où nul ne peut aller sans autorisation du propriétaire des lieux, à savoir la municipalité de Blaye.

C’est à partir de ces éléments que j’ai préparé une conférence donnée pour la première fois aux Amis du Vieux Blaye en 2010 intitulée "la renaissance du verrou de l’estuaire" dont une partie se trouve sur ce site, et que depuis cette date, j’organise chaque année une visite de ces installations dans le cadre des journées du patrimoine.

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Page de garde du mémoire

Le document est composé de 198 pages.

Et vous M. ADO, comment avez-vous été amené à vous intéresser à l’histoire de la citadelle ?

Après ma licence, j’ai bien évidemment décidé de poursuivre mes études dans la même voie. L’étape suivante étant la préparation d’un master avec la rédaction, pour ceux qui le souhaitaient, car ce n’était pas obligatoire, d’un mémoire sur un sujet de notre choix.

Pour ma part, j’avais envie de faire un tel travail ne serait-ce que pour vérifier si j’en étais capable et parce que, me destinant à devenir professeur, je croyais nécessaire d’acquérir une expérience d’historien afin de mieux pouvoir enseigner la matière.

En effet, comme vous pouvez l’imaginer, la rédaction d’un document universitaire de quelques 150 pages n’est pas une mince affaire, car il ne suffit pas de noircir des feuilles de papier, encore faut-il bâtir une véritable démonstration et apporter la preuve de ce que l’on avance…
Dans ce cadre, j’étais donc à la recherche d’un sujet correspondant à mes centres d’intérêt.

Et quels sont vos centres d’intérêt ?

Comme je l’ai déjà dit, je nourris une véritable passion pour les choses anciennes et puis j’aime bien la région dans laquelle je vis.

Étant un familier de la citadelle, j’étais particulièrement attentif à tout ce qui s’y passait même si je ne m’y suis jamais réellement investi.

Comme le général Thomas, je me suis également rendu compte que Vauban dominait largement le paysage, focalisant toutes les attentions et aussi il faut bien le dire monopolisant tous les moyens et toutes les ressources…

C’est donc avec beaucoup d’intérêt que j’ai pris connaissance de ses travaux, car je me suis moi aussi aperçu, lors de la visite organisée dans le cadre des journées du patrimoine, qu’une partie non négligeable de l’histoire de la citadelle était laissée de côté et cela m’offrait une opportunité.

Et vous avez décidé de la saisir.

Oui, et pour plusieurs raisons.

En premier lieu, pour mon master, je voulais travailler sur un sujet relatif à la région à laquelle je suis très attaché : c’était le cas.

En second lieu, il me fallait, de préférence, un sujet n’ayant jamais été traité : hormis les travaux du général Thomas, qui se sont limités à la partie strictement militaire, c’était aussi le cas.

En troisième lieu, je cherchais un sujet suffisamment vaste pour faire l’objet d’un travail universitaire : en dépassant l’aspect purement militaire et en étendant mes recherches au niveau social, politique et bien évidemment économique, j’étais certain de trouver une matière première abondante.

Voilà donc les principales raisons qui m’ont poussé à choisir ce sujet.

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Page de garde des annexes

Le volume d’annexes est constitué de 90 pages de documents divers (plans, schémas, photographies, cartes postales anciennes, etc.) tous annotés d’une légende et d’explications lorsque cela s’avérait nécessaire.

Avez-vous travaillé ensemble ?

- GBR (2s) Daniel THOMAS :

Oui bien sûr, c’est avec beaucoup de plaisir que j’ai donné quelques conseils à Simon, notamment sur la partie militaire de son mémoire en lui expliquant certains éléments qu’il trouvait obscurs.

En effet, il a effectué des recherches approfondies, notamment à Vincennes au Service Historique de la Défense (SHD), et il est vrai que l’exploitation de certains documents n’est pas toujours évidente pour quelqu’un de peu familier à la chose militaire.

Je dois souligner également que Simon m’a fourni une aide précieuse en partageant le fruit de ses recherches : il était donc normal qu’à mon tour je lui donne un petit coup de main…

- Simon ADO :

Les premiers travaux du général Thomas m’avaient ouvert la voie, il était normal que je me tourne vers lui pour certaines précisions dont j’avais besoin et puis de fil en aiguille nous avons échangé des documents et des idées…Plus encore, je tiens à préciser que le général m’a également épaulé lorsque mon directeur de recherche, Monsieur Sébastien Laurent, a révélé les défauts d’un style sympathique mais trop peu académique. Par ses conseils et son engagement sans faille, il m’a été d’une aide précieuse.

Je voudrais poser une dernière question, d’abord à vous M. ADO : qu’allez-vous faire maintenant ?

C’est très simple, je vais continuer mes études et les mener à leur terme.

En juin prochain je passe le CAPES, si tout va bien je serai en formation durant le cycle scolaire 2013/2014 pour être en mesure d’enseigner l’histoire à la rentrée 2014.

Compte tenu de la note que j’ai obtenue au master, je peux présenter le doctorat…

Pourquoi pas ? On verra ça dans les années à venir et cela d’autant plus que je n’ai pas eu le temps d’exploiter toute la documentation que j’ai récoltée, ce qui m’a permis de me rendre compte que le mémoire offrait encore de nombreuses possibilités de recherches.

Et vous mon général ? Envisagez-vous de poursuivre vos travaux sur la "renaissance du verrou de l’estuaire" ?

Oui, car il faut que j’actualise mes travaux au vu de certaines découvertes faites par Simon. Je n’ai jamais voulu me livrer à une étude globale de cette époque, lui l’a fait avec la réussite que l’on connaît et à présent je dois corriger certains détails que je pensais vrais et qui s’avèrent infondés.

Je vais donc peaufiner mon affaire.

Cela dit, je voudrais saisir l’occasion que vous m’offrez pour mettre en exergue la portée véritable des travaux de Simon Ado. Au-delà de l’obtention d’un diplôme, c’est la reconnaissance, grâce au label universitaire, de l’existence d’une partie de la citadelle jusqu’ici ignorée et que je m’efforce de faire connaître...

Car il faut garder présent à l’esprit que la citadelle de Blaye c’est Vauban bien sûr, mais pas uniquement : l’on y trouve également le témoignage de cet effort militaire sans précédent fait par la troisième République après le désastre de 1870.

De la première ligne de défense mise en place à la fin du XIXème siècle à l’embouchure de l’estuaire de la Gironde, il ne reste quasiment plus rien.

Les infrastructures de la deuxième ligne de défense, implantée ici à hauteur de Blaye, sont en revanche encore bien présentes et, dans leur grande majorité, en excellent état.
Le problème est qu’étant ignorées, elles sont délaissées et donc inexploitées.

A mon sens, c’est dommage.

Le visiteur qui fait le déplacement jusqu’à Blaye s’attend bien sûr à découvrir l’un des sites majeurs de Vauban, mais ne serait-il pas judicieux de lui montrer également ces installations ?

Pour ma part, je suis persuadé que nous avons beaucoup à gagner en mettant en valeur toutes les facettes de la citadelle.

En effet, dans notre beau Sud-Ouest, combien de sites fortifiés peuvent-ils se prévaloir de tels atouts ?

A ma connaissance fort peu, pour ne pas dire aucun…

Dernières nouvelles (en date du 28 août 2013).

Simon ADO a présenté l’écrit du CAPES au mois de juin dernier, examen qu’il a réussi. Depuis la nouvelle réforme de la formation des enseignants, les admissibles bénéficient d’un statut de stagiaire et d’un contrat à tiers temps afin de parfaire leur formation sur le terrain tout en préparant l’oral du concours qui aura lieu en juin 2014.

Si tout se déroule comme prévu, il sera donc professeur d’histoire à la rentrée 2014, avec en point de mire la titularisation à la rentrée 2015.

Parallèlement à ce programme, Simon ADO souhaite poursuivre ses recherches sur la citadelle et ses occupants dans la période comprise entre 1874 et 1914. Différents rendez-vous avec les membres du jury de son mémoire devraient lui permettre d’identifier de nouvelles pistes à approfondir. Et puis il y encore de la documentation à consulter, notamment à Vincennes ainsi qu’à la mairie de Blaye où il est déjà à l’œuvre...

Nous lui souhaitons une excellente rentrée et beaucoup de réussite pour cette ultime année d’étude. Enfin, nous ne manquerons pas de vous tenir informé des suites de ses recherches sur la citadelle.

Dernière nouvelle (en date du 9 juillet 2014).

Nous sommes particulièrement heureux de vous informer que M. Simon ADO a été reçu aux épreuves d’admission au CAPES. Le voilà donc devenu ce qu’il voulait être : professeur d’histoire.

Nous lui adressons toutes nos félicitations et lui présentons nos vœux très sincères de réussite et d’épanouissement dans l’exercice de son métier et cela malgré les vicissitudes que connaît aujourd’hui l’enseignement de l’histoire. Nul doute qu’il parviendra à faire partager sa passion de cette matière à ses élèves, leur permettant ainsi d’apprendre plus facilement et de réussir à leur tour.

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Les canons de 19 c de la citadelle.

Cette photo représente un groupe d’officiers et de sous-officiers du 144ème RI en train de poser près d’un des canons de 19 c de la citadelle (collection privée de M. Dagnas). Cette illustration figure à la page 23 du volume des annexes.

Épilogue (2017).

Notre professeur d’histoire poursuit son chemin.
N’oubliant pas la citadelle de Blaye, il a tenu à parachever son mémoire pour en faire une véritable publication.
Il a donc repris son texte, fait une ultime correction, donné plus de corps à certains chapitres, revu toutes les illustrations pour les rendre plus visibles, etc.
Bref, en un mot comme en cent, il a remis son ouvrage sur l’établi.
Et le produit final est à la hauteur de ses ambitions !
Un grand merci à nos Amis du Vitrezais (association loi de 1901), qui se sont lancés dans l’aventure en éditant ce superbe mémoire, devenu un véritable "bouquin".
Si vous souhaitez vous le procurer, voilà l’email de contact : vitrezais@gmail.com

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Page de garde du livre de Simon Ado.

Superbe ouvrage sur papier glacé : indispensable dans la bibliothèque de tout Blayais qui se respecte.




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