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Un patrimoine en passe de sombrer dans l’oubli : la chapelle de l’hôpital St Nicolas de Blaye.

Nombreux sont les Blayais (et les autres, beaucoup d’autres…) à emprunter chaque jour la rue de l’hôpital, voire à fréquenter l’établissement lui-même sans imaginer un seul instant que ces murs multiséculaires renferment un véritable joyaux.

Cette petite merveille, car cela en est une, n’est rien d’autre que l’antique chapelle de l’hôpital fondé en 1257.

Une perle qui revient de loin et, qui hélas, risque fort de replonger dans l’oubli et l’indifférence si rien n’est fait pour lui permettre non pas de revivre, mais tout simplement de vivre.

Car le problème est bien là : une poignée de passionnés se sont dépensés sans compter pour restaurer ce haut lieu de notre patrimoine local et voilà que tous leurs efforts et leurs espoirs semblent anéantis par une simple décision de l’administration locale.

La Société des Amis du Vieux Blaye ne pouvait rester indifférente à une telle situation car il n’est pas acceptable qu’un tel patrimoine soit mis à l’écart et au rebut comme un vulgaire objet de consommation, dès lors que des hommes se sont investis, avec l’accord du propriétaire des lieux, pour lui redonner son luxe d’antan.

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Un hôpital au moyen-âge

Au moyen-âge, les hôpitaux sont financés par des seigneurs et tenus par des religieux. Ils sont avant tout destinés à accueillir et à soigner les indigents, les orphelins ainsi que les nombreux pèlerins. L’hôpital de Blaye n’échappe pas à cette règle.

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Un peu d’histoire.

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L’hôpital de Blaye, appelé primitivement "Hôpital de la Lande" fut fondé en 1257 par Jauffré RUDEL V, comte de Blaye et Dame Mabille son épouse, comme nous le rappelle fort judicieusement Paul RABOUTET dans l’un de ses articles qui l’ont rendu célèbre auprès des Blayais (pour prendre connaissance de cet article cliquer sur ce lien suivant : http://vieuxblaye.free.fr/spip.php?article70). Après la lecture de ce document, il nous paraît inutile de revenir sur l’histoire de l’hôpital. En revanche, pour la compréhension de celle de la chapelle, il nous semble indispensable d’apporter quelques précisions.

En 1607, le gouverneur de Blaye, Jean-Paul ESPARBES de LUSSAN souhaitant que ses troupes puissent bénéficier d’un service religieux à l’intérieur de l’enceinte militaire qu’est la ville forte, demande à l’archevêque de Bordeaux l’autorisation de fonder un couvent qu’il veut confier à des pères Minimes [1], dont la règle, d’une extrême austérité, ne pouvait que plaire à des soldats. Il ne restait plus qu’à régler le problème de la santé physique de la garnison, ce sera chose faite en 1665, lorsque l’hôpital devient "civil et militaire".

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Le retable (détail)

Un véritable chef-d’œuvre inscrit depuis plus de 40 ans à l’inventaire des monuments historiques.

En 1690, quand les jurats de Blaye décident de faire appel aux Filles de la Charité [2], ils ne perçoivent probablement pas toute la sagesse de leur décision. En effet, ces dernières resteront en place jusqu’en 1958 en jouant un rôle essentiel dans le fonctionnement de l’hôpital. Initialement au nombre de deux, elles passeront à trois en 1703, puis à quatre à la fin de la même année, pour atteindre les sept membres par la suite. Trois d’entre elles sont enterrées dans la chapelle, sous l’autel ; vingt et unes autres reposent dans un imposant caveau au cimetière de la Blaye.

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Le retable (autre détail)

L’église des Minimes voulue par de LUSSAN et financée par l’archevêque de Bordeaux ayant été détourné de sa vocation religieuse depuis la révolution, le retable [3] qui ornait l’autel du bas côté est remis à Dame MAUGIS, Fille de la Charité et Supérieure de l’hôpital de Blaye le 23 juillet 1810. Possédant une incontestable valeur patrimoniale et reconnu comme tel par un arrêté du 30 juillet 1971 qui l’inscrit à l’inventaire des monuments historiques, il est toujours en place aujourd’hui dans la chapelle, de part et d’autre de l’autel.

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Le retable (autre détail)

Le 10 mai 1838, Dame LACROIX, Supérieure, demande l’autorisation d’ouvrir un établissement d’enseignement pour les orphelins de l’hospice, de l’autre côté de la rue. Après bien des tergiversations, l’autorisation lui est accordée par la municipalité qui tient cependant à préciser "qu’il s’agit d’une classe primaire et d’une maison d’asile pour les orphelins indigents, à l’exclusion des tous autres élèves". Toutefois, bien des années plus tard une partie des enfants du quartier (essentiellement des filles) y seront néanmoins admis. Cette école devient par la suite communale et va fonctionner jusqu’en 1962. La façade de l’édifice qui l’abritait n’a pas été modifiée et l’on peut la reconnaître facilement car elle comporte toujours une niche abritant une statue en pierre de la vierge.

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Les Filles de la Charité.

Au service des plus démunis, comme ce fut le cas durant des siècles avec les enfants abandonnés.

Une anecdote parmi tant d’autres. Nombre de Blayais se souviennent encore de sœur Louise, véritable figure locale ! Elle détient le record de longévité de passage à Blaye. Qu’on en juge : arrivée dans notre ville le 18 juillet 1887, elle y restera jusqu’à sa mort le 23 février 1953, soit près de 63 ans… Outre le métier d’institutrice qu’elle exerçait (paraît-il…) avec fermeté Sœur Louise s’occupait des pauvres avec un grand dévouement, n’hésitant pas à parcourir à pied, quelles que soient la saison et les conditions météorologiques, des kilomètres pour venir à l’aide d’une famille qui faisait appel à elle où bien pour secourir une personne qu’on lui signalait… Jusque dans les dernières années de sa vie et malgré des souffrances physiques qui limitaient ses possibilités de déplacement, elle persistait à parcourir les rues de Blaye, distribuant aux enfants (qui la connaissaient bien !) des images pieuses et surtout des bonbons qu’elle transportait dans une grosse boîte ronde multicolore enfouie au fond de la poche très profonde de sa jupe (ou côte) et qui pesait prés de 5 kg…

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La chapelle Saint-Nicolas, un morceau de notre patrimoine.

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Durant prés de sept siècles, la chapelle de l’hôpital a été un lieu d’une forte spiritualité. Les évènements, hélas souvent dramatiques, qui se déroulaient dans les murs de l’hôpital à une époque où la médecine n’était que balbutiante et l’esprit religieux bien ancré dans les mœurs, ne pouvaient qu’inciter à la fréquentation de cet endroit propice au recueillement.

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Vue générale de la chapelle

Un lieu de recueillement.

Bien évidemment il n’existe aucune preuve de ces moments de détresse pendant lesquels des parents, des amis ou des proches de malades à l’article de la mort venaient cacher leur douleur en silence dans ce lieu discret tout en priant pour demander de l’aide…

Il n’empêche que les choses se sont passées ainsi et nul ne peut le contester.

Certains y ont été baptisés, d’autres, y connu seulement un oraison funèbre, quelques uns les deux…

L’on ne peut également passer sous silence les milliers de pèlerins qui depuis la création de l’hôpital ont emprunté les quelques 1460 km du "grand chemin de Saint Jacques", aujourd’hui appelé via Turonensis, pour se rendre à Compostelle. Nombre d’entre eux se sont fait soigner dans cet hôpital construit en partie pour eux, et beaucoup se sont également recueilli quelques instants dans ce havre de paix avant de poursuivre leur route.

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Et de tout cela que reste-il aujourd’hui ?

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Progressivement délaissée dans la seconde moitié du 20ème siècle, la chapelle a été sauvée in extremis de l’abandon et de l’oubli par un groupe de passionnés qui se sont constitués, dès 2003, en association dûment déclarée : l’Association pour la Restauration et la Sauvegarde de la Chapelle Saint Nicolas de l’Hôpital de Blaye.

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Travaux de restauration.

Il y en a pour les plus jeunes...

Après avoir obtenu l’accord formel du directeur de l’hôpital de l’époque (convention établie le 18 décembre 2006), ils ont passé trois longues années à étudier le meilleur moyen de restaurer cette chapelle qui était alors dans un bien triste état… Ce n’est finalement qu’au printemps 2010, après avoir réuni les moyens financiers nécessaires, qu’ils décident de franchir le pas en s’attaquant eux-mêmes à l’ouvrage.

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Travaux de restauration

... comme pour les plus anciens.

Mettant en commun la bonne volonté des uns, les compétences et les connaissances des autres, ainsi que le matériel de tous, ils ont œuvrés pendant de longs mois pour redonner vie à ce haut lieu de notre histoire blayaise.

Et le résultat est à la hauteur du travail fourni : remarquable, comme on peut le constater en suivant ce lien http://www.youtube.com/watch?v=D-maPcOFfyI&feature=youtu.be.

Tout semblait donc parfait et l’association envisageait une inauguration en grande pompe dès la fin des travaux…

Hélas, c’était sans compter sur les administrations locales qui, insensibles à la valeur véritable de ce patrimoine et à l’énergie dépensée pour le faire revivre, demandait, il y a pratiquement un an, la suspension immédiate de toute activité dans la chapelle.

Depuis cette date, les échanges de courrier entre les différents partis n’ont pas permis de faire avancer les choses et la situation est totalement bloquée.

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Armoire de la sacristie.

A gauche avant la restauration, à droite après.

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Une décision incompréhensible.

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Il n’est pas de notre ressort d’exposer les détails de l’affaire, mais force est de constater que la chapelle Saint Nicolas est passée du domaine public au domaine privé puisque désormais plus personne n’y a accès.

Comme le voulait son fondateur Paul RABOUTET, il appartient à la SAVB de veiller à la sauvegarde et à la mise en valeur du patrimoine de la ville de Blaye et du Blayais tout entier.

Dans ce cadre, il convient de souligner que la chapelle de l’hôpital Saint Nicolas (car pour les Blayais, ce sera toujours l’hôpital saint Nicolas…) fait partie de notre patrimoine, au même titre que la citadelle construite par Vauban, quelques 430 années plus tard.

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Une restauration de qualité

Au-delà de toutes considérations politiques, philosophiques ou religieuses, il appartient à ceux qui exercent une responsabilité dans la vie de la cité de tout faire pour que les richesses communes ne disparaissent pas, mais qu’au contraire elles soient entretenues et valorisées.

La ville de Blaye et l’ensemble de ses habitants ont tout à y gagner.

Cela est d’autant plus vrai qu’en ce qui concerne le cas particulier de la chapelle de l’hôpital, le travail de rénovation et de restauration, réalisé par des bénévoles, n’aura rien coûté à la collectivité.

Qui donc aujourd’hui peut se permettre de négliger un tel atout ??

La SAVB espère bien que la raison va finir par l’emporter et que dans le courant de l’année à venir l’Association pour la Restauration et la Sauvegarde de la Chapelle Saint Nicolas de l’Hôpital de Blaye parviendra à mettre un terme à ce qu’elle a entrepris et cela pour le plus grand bonheur des amoureux de l’histoire et du beau.

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Autel du retable.

Les travaux restant à faire portent essentiellement sur le retable et les peintures du mur situé de part et d’autre de cet ensemble exceptionnel.


Notes

[1Ordre religieux fondé en 1493 par saint François de Paule (1436-1507), lui-même ermite recherchant le dépouillement absolu et l’ humilité radicale. Les Minimes sont appelés aussi Les Bons Hommes.

[2Les Filles de la Charité ou Sœurs de Saint Vincent de Paul sont une société de vie apostolique féminine de droit pontifical créée en 1633, qui se consacrent au service des malades et au service corporel et spirituel des pauvres. Elles représentent l’image familière de la bonne sœur à cornette.

[3Le retable est une construction verticale qui porte des décors sculptés ou peints en arrière de la table d’autel.



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