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Rétrospective des différentes batailles pour la conquête de Blaye

Le visiteur qui vient à Blaye aujourd’hui est généralement impressionné par deux choses : la majesté de la citadelle, "encore restée dans son jus", et l’étendue de l’estuaire, véritable espace maritime allant et venant au gré des marées d’un océan pourtant situé à une distance respectable…

La cité, il la devine à peine et se contente généralement de la contourner sans chercher réellement à en connaître l’histoire.

Et pourtant, notre petite ville, principale porte d’entrée de l’Aquitaine durant des siècles, a fait l’objet d’âpres combats… En l’espace de 1400 ans, de 407 à 1814, Blaye, son château puis sa forteresse ont subi dix-huit attaques. La ville a été conquise douze fois et complètement ravagée à cinq reprises. L’ennemi a été repoussé quatre fois et des négociations ont permis de mettre fin aux hostilités par deux fois...

L’histoire succincte des seuls sièges dont l’histoire a retenu les dates (il est probable qu’il y en ait eu d’autres…), que nous vous présentons aujourd’hui vous permettra de mieux connaître l’histoire de Blaye, qui fut, pendant de longs siècles, rien d’autre que le reflet fidèle de l’histoire de France.

Pour quiconque venant de la Saintonge, de l’Angoumois, de l’Aunis, voire de plus loin au Nord (seuil du Poitou) et se rendant à Bordeaux, ou dans la profondeur de l’Aquitaine, vers l’Espagne, Blaye a été pendant des siècles l’un des rares points de passage permettant de n’effectuer qu’un seul transbordement au lieu de deux, si d’aventure on voulait franchir la Dordogne puis la Garonne. Reprenant l’antique voie romaine qui reliait Saintes à Bordeaux, l’axe arrivant à Blaye était indéniablement le plus court, le plus sûr et d’ailleurs le plus fréquenté. De fait, la ville, son château et plus tard sa forteresse ont été maintes fois convoités.

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Pour établir cette rétrospective, nous avons essentiellement consulté les sources suivantes : Émile Gireau, "Essai sur la chronologie de Blaye", Blaye, 1903 ; abbé Bellemer, "Histoire de la ville de Blaye", réédition, Paris, 2003 ; docteur Gélineau "Le dernier triomphe de la Ligue sous Henri IV, siège de Blaye par Matignon", Paris, 1905 ; Pierre Montagnon "Histoire de l’armée française", Paris, 1997 ; Jean Favier, "La guerre de cent ans", Paris, 1980 ; sous la direction de Georges Duby, "Histoire de la France des origines à nos jours", Paris, 2006 et enfin Internet, notamment pour les illustrations.

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Vers 407 - Prise de Blaye, par les Vandales.

Chassées d’Europe centrale par la poussée des Huns, les tribus vandales franchissent le Rhin gelé à la fin de l’année 406, quelque part entre Worms et Mayence, et pénètrent en Gaule. L’empire romain, en déliquescence, ne parvient pas à s’opposer à leur progression. Mettant à feu et à sang les provinces qu’ils traversent, les Vandales poursuivent leur migration vers l’Ouest, puis obliquant vers le Sud, pénètrent dans la péninsule ibérique à l’automne 409. Dans l’arrière-pays gaulois, les milices romaines ne peuvent guère s’opposer à l’envahisseur ; à Blaye, qui sera complètement dévasté, elles se seraient même enfuies à leur approche (Bellemer).

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732 - Prise de Blaye par les Sarrasins.

Après avoir conquis l’Espagne Wisigothique, de 711 à 716, les Sarrasins contournent les Pyrénées par l’Est et s’emparent de la Septimanie. En 721, Eudes, duc d’Aquitaine leur inflige une grave défaite. Dix ans plus tard, 15 000 combattants guidés par Abd-El-Rhaman (Abdérame), général omeyyade et émir de Cordoue, contournent les Pyrénées par l’Ouest, et lancent un raid éclair à travers l’Aquitaine, ils remontent vers le Nord et s’emparent de Bordeaux. Eudes, vaincu près de Bordeaux, appelle à son secours le Maire du palais d’Austrasie, Charles. Celui-ci, à la tête d’une armée franque lourdement équipée met un terme à leur progression le 25 octobre 732, entre Poitiers et Tours. C’est au cours de leur marche vers le Nord que les Sarrasins s’emparent de Blaye et mettent la ville à sac. Les habitants refusant la religion musulmane sont passés au fil du cimeterre, le château et les lieux de cultes sont incendiés.

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848 - La ville de Blaye est mise à sac par les Vikings.

Globalement, les invasions normandes ont duré un peu plus de trois siècles, de 753 à 1066. S’agissant de la France occidentale, c’est en 799 qu’est fait pour la première fois mention de navires scandinaves abordant Noirmoutier, puis les côtes d’Aquitaine. En mai 844, une flotte viking pénètre dans l’estuaire et met à sac le Médoc. Repoussés à Blaye et Bordeaux, les envahisseurs poursuivent leur route et remontent la Garonne jusqu’à Toulouse. Quatre années plus tard, en février ou mars 848, une nouvelle flotte pénètre en Gironde. Plus puissante et mieux organisée, elle s’empare de toutes les localités se trouvant sur son passage, ravage et pille Blaye, poursuit vers Bordeaux qui est également mise à feu et à sang [1]. D’autres bandes venues de la Baltique tenteront à leur tour de s’approprier les terres nouvellement conquises, notamment en 857, 864 et vers l’an 880. Le pays est alors complètement ruiné par ces combats et les pillages auxquels se livrent les vainqueurs. Ce n’est qu’à la fin du 10ème siècle que les Aquitains commencent à s’organiser efficacement [2] et c’est finalement en 998 que Guillaume V, duc d’Aquitaine, parvient à tailler en pièces les envahisseurs venus du Nord et à mettre un terme à leurs invasions.

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1096 - Guillaume IX, duc d’Aquitaine, fait raser le château de Blaye.

Il s’agit de l’ultime épisode du conflit opposant deux seigneurs désireux d’agrandir leur domaine, Guillaume IX, duc d’Aquitaine et Guillaume Rudel III, prince de Blaye [3]. Ces deux chevaliers, réputés pour leur bravoure, se sont déjà affrontés dans un combat au cours duquel le duc d’Aquitaine a été quelque peu humilié. Pour laver cet affront, il lance un nouveau défi au prince de Blaye, sous les murs mêmes de sa cité. Cette fois, l’affaire tourne mal pour le Blayais : enchaîné, il subit le courroux de son rival et voit son ancienne forteresse rasée de fond en comble.

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1337 - Siège de Blaye par les Français et prise de la ville grâce à une ruse de guerre.

L’affrontement entre la France et l’Angleterre vient de commencer, il va durer cent ans. Les troupes du roi de France, Philippe de Valois, commandées par le comte de Foix entrent en Guyenne, domaine du roi d’Angleterre. Une des colonnes françaises, venant de Saintes, met le siège devant Blaye à la fin du mois de décembre 37. Malgré la famine qui sévit, la ville résiste encore à la mi-février 38. Les Français ont alors recours à la ruse pour s’en emparer. De nuit, ils massent 2 000 soldats en armes dans un vallon, à l’abri des regards. Au lever du jour, ils font avancer vers la porte de la ville près de 200 chevaux et mulets qu’ils ont réquisitionnés et chargés de vivres. Certains de leurs hommes, déguisés en marchands et se disant envoyés par Bordeaux, invitent alors les Blayais à leur ouvrir les portes de la ville pour laisser passer le ravitaillement. Ces derniers, ne flairant pas le piège, laissent pénétrer les premiers "marchands" et se portent à la rencontre des suivants. L’assaut est alors donné par les soldats en embuscade, il est brutal et décisif. Les défenseurs qui ne sont pas tués sont fait prisonniers, seuls quelques chanceux parviendront à rejoindre Bordeaux en barque, grâce à la marée montante. La ville pillée est confiée à la garde de deux chevaliers et de leur escorte.

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1341 / 1352 – En l’espace de 10 ans, la ville de Blaye fait l’objet de trois agressions victorieuses.

D’abord reconquise par les Anglais, elle est une nouvelle fois attaquée et occupée par les Français, pour être enfin reprise par les Anglais. En fait, la guerre entre les deux royaumes devient générale, on se bat en Ecosse, en Bretagne et bien sûr en Guyenne. Le conflit, qui coûte cher, s’enlise. C’est l’arrivée du duc de Lancastre au mois d’août 1345, à Bordeaux, qui va mettre un terme à cette période particulièrement trouble. Débarquant avec une armée de 2000 hommes, dont 1000 archers [4] et les pleins pouvoirs, il va mener une chevauchée victorieuse à travers le pays d’Aquitaine et porter un coup sérieux aux prétentions du roi de France. Dans ce cadre, le 11 septembre 1352, le comte de Stafford obtient la reddition de Blaye qui était alors sous la gouvernance du noble Bertrand Viger, fils d’Arnoul Viger de Montguyon.

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1377 - Prise de Blaye par les Français.

L’on sait peu de choses sur cet épisode de la guerre de cent ans cité par l’abbé Bellemer ("Les Français, sous la conduite du duc d’Anjou et de Bertrand Du Guesclin, s’emparèrent de Blaye et de quelques autres places fortes.") L’on peut néanmoins raisonnablement penser qu’il s’agit de l’une des nombreuses actions menées par le connétable dans la guerre d’usure qu’il mène pour le compte du roi de France. A la tête d’une petite troupe d’hommes sûrs et aguerris, il n’assiège pas les places selon les méthodes traditionnelles : il attaque par surprise, en utilisant le plus souvent la ruse, sans volonté de s’installer longuement dans la place conquise, son objectif étant de créer un climat d’insécurité chez l’ennemi. Frappant vite, à l’improviste, restant insaisissable, il pratique avec brio et succès, ce qui deviendra la "guérilla" quelques siècles plus tard.

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1406 - Siège de Blaye par le duc d’Orléans, Louis le frère du roi Charles VI.

La situation n’est alors guère brillante pour les Anglais dont la grande majorité des troupes a quitté la Guyenne pour faire face à la guerre contre l’Écosse. C’est le moment que met à profit Louis d’Orléans, avide de ranimer la guerre, pour envahir la province anglaise. Parti de St Jean d’Angely à la tête d’une troupe conséquente, il pénètre en Saintonge et somme les villes de se rendre. Certaines acceptent (Mirambeau, Montlieu et Montendre), d’autres refusent, dont Blaye, Bourg et Libourne. Le 21 octobre, les Français arrivent devant Blaye et installent le siège, n’hésitant pas à acheter pour 2000 écus le religieux de l’abbaye de St Romain, dont la position est essentielle face à la principale porte de la ville. Usant de son influence auprès des Blayais, l’abbé parvient à convaincre Marie de Montaut, fille du seigneur de Mussidan, châtelaine de Blaye de ne pas résister au duc d’Orléans. Après moult palabres, cette dernière accepte et le dispositif est levé dès les premiers jours de novembre. Le duc d’Orléans va aller assiéger Bourg qu’il ne parviendra d’ailleurs pas à prendre. Le 14 janvier 1407 il reprend la route par laquelle il était venu, "au grand déshonneur de sa personne et du royaume de France".

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1451 - Siège de Blaye et prise de la ville par l’armée du roi de France.

Après la reconquête de la Normandie (campagne de 1450) les Français concentrent leurs efforts sur la seule région encore aux mains des Anglais : la Guyenne. La conquête de Blaye, considérée comme la "porte du fleuve" et la deuxième place forte après Bordeaux, est capitale pour la suite des opérations. Le comte de Dunois, surnommé le bâtard d’Orléans, aidé de Jean Bureau, grand maître de l’artillerie [5], met le siège devant la ville avec une force de prés de 4500 gens d’armes et une puissante artillerie. Blaye est défendue par près de 600 hommes sous le commandement de Pierre de Montferrand, sire de Lesparre, Gadifer Sorthoise maire de Bordeaux et du sous-maire Thomas Gassiot. Cinq gros vaisseaux bordelais, fortement armés, sont au mouillage devant la ville. Une flotte française, aux ordres de Jean le Boursier, pénètre en Gironde, chasse les navires bordelais et interdit tout ravitaillement de Blaye par l’estuaire. Le siège commence le 15 mai et c’est une véritable opération à la fois maritime et terrestre comme le montre l’illustration ci-dessous. Jean Bureau fait amener ses bombardes au plus prés des remparts et entame un tir méthodique qui va durer plusieurs jours, provoquant de grandes brèches dans les murailles. Contrairement aux coutumes de l’époque, qui voulaient que l’assaut soit lancé au lever du jour, il est donné le 21 mai au soir, au moment de la "relève du guet", au travers des brèches ouvertes par l’artillerie. La ville est prise dans la nuit, les derniers défenseurs se retranchent dans le château des Rudel, ils capituleront faute de vivres trois jours plus tard. Blaye, qui était ville anglaise depuis son annexion en 1376, ne le sera plus jamais.

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1486 - Siège de Blaye par les armées royales de la régente, Anne de Beaujeu.

En 1483, à la mort de son père Louis XI, le roi Charles VIII n’a que 13 ans. Étant trop jeune pour régner, c’est sa sœur Anne de Beaujeu qui assure la régence. Son oncle, le prince d’Orléans, qui aurait bien aimé assumer ce rôle, se révolte et tente d’entraîner à sa suite une partie de la noblesse. Odet d’Aydie, amiral de France et grand sénéchal de Guyenne, comploteur invétéré, donne son accord et entre en rébellion. Après avoir vaincu et fait emprisonner le prince d’Orléans, Anne de Beaujeu décide la mise au pas de la Guyenne. Au mois de mars, l’armée royale, aux ordres du grand Maréchal de France, arrive devant Blaye où a trouvé refuge le capitaine Odet d’Aydie, frère du sénéchal. Anne de Beaujeu, accompagne l’armée et donne l’ordre d’assiéger la ville. La sagesse, l’intelligence et la force de persuasion de cette jeune femme hors du commun finissent par l’emporter, au bout de huit jours le capitaine Odet d’Aydie capitule, la ville est épargnée.

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1548 - Blaye est assiégé par les paysans de Saintonge en révolte contre la gabelle.

A cette époque, le sel est d’une importance capitale pour la population, notamment rurale, car c’est l’unique moyen de conserver les aliments. Or, le régime de la gabelle n’est pas le même pour toutes les provinces, certaines en sont exemptées, notamment les régions productrices, comme la Saintonge. Dans les années 1540, il est décidé d’assujettir l’ensemble du royaume au même régime, de manière à simplifier et à améliorer encore un peu plus le rendement de cet impôt. Après un premier échec de mise en place de cette décision, un édit du roi Henri II tente de l’imposer une nouvelle fois en 1548. C’est la révolte générale des paysans en Saintonge, en Angoumois et en Guyenne. Ce soulèvement sera connu plus tard sous la dénomination de "révolte des Pitauds" (un "Pitaud" étant un homme rustre, grossier). Une bande de plusieurs milliers de Pitauds conduite par Talmagne, appelé "le courounal" (qui signifie "colonel" en patois local), bat la campagne, armée de piques, de bâtons et de faux. Après avoir parcouru l’entre-deux-mers, elle s’empare de St André, de Bourg et vient assiéger Blaye. Elle se heurte alors à l’autorité du commandant de la place, un certain Des-Roys (ou Du-Roy), qui n’hésite pas à faire tirer à l’artillerie sur les rebelles, lesquels, poursuivis ensuite, se retirent en ravageant les campagnes environnantes. La répression à l’encontre des Pitauds sera féroce, mais leur révolte n’aura pas été vaine, puisque le pouvoir royal annoncera, dès 1549, le retour à l’ancien système de la gabelle.

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1562 - Siège de Blaye par les Protestants.

Au cours des années qui suivent la mort du roi Henri II, en 1559, la situation politique se complique dangereusement et la question religieuse prend une place prépondérante pour se transformer progressivement en une véritable guerre civile, que nous connaissons aujourd’hui sous les termes de "guerres de religion". Affaiblissement du pouvoir royal, rivalités entre les grandes familles de la noblesse (Montmorency, Guise et Bourbons), ingérence des pays voisins et bien évidemment succès du protestantisme face au catholicisme. Tous les ingrédients sont réunis pour une lutte sanglante qui débute en mars 1562, par le massacre des Protestants de Wassy (près de Troyes), et va durer jusqu’à la fin du 17ème siècle, soit 36 ans durant lesquels le fanatisme religieux permettra d’assouvir les instincts les plus vils, de tous comme de chacun. En Guyenne, les troubles commencent par le déplacement de bandes de Huguenots armés qui vont de ville en ville, imposant leur autorité par la force. La ville de Bourg est prise en 1562. La même année, le capitaine calviniste François de Pons, baron de Mirambeau, met le siège devant Blaye, cité catholique. La population blayaise s’engage tout entière dans le combat, parvient à repousser la troupe du baron de Mirambeau, le contraignant à renoncer à son projet.

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1568 - Prise de Blaye par les Protestants.

Le traité mettant un terme à la deuxième guerre de religion (paix de Longjumeau du 23 mars 1563) n’est guère respecté et les combats reprennent dès l’automne. Dans l’Ouest de la France au Sud de la Loire, les armées royales ont comme objectif la conquête des villes protestantes situées entre la Charente et la Dordogne, alors que le gros des forces huguenotes se trouve retranché à la Rochelle, dans l’attente d’une aide extérieure financée par l’Angleterre. La ville de Blaye est à nouveau l’objet d’une attaque par le seigneur de Pons, commandant les troupes calvinistes, qui n’a pas oublié son échec de 1562. Un corsaire anglais vient lui prêter mains forte et la ville est prise assez rapidement. En fait, il semblerait bien que le capitaine Des-Roys, calviniste lui-même et commandant de la place leur ait quelque peu facilité la tâche… En tout état de cause, le 23 octobre, les Protestants s’emparent de la ville et se livrent au pillage, profanent les églises de St Romain et de St Sauveur, puis quittent les lieux.

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1580 - Échec d’un coup de main des Protestants sur Blaye.

Le royaume de France entre dans la septième guerre de religion (1579 – 1580). Le pouvoir royal s’est encore affaibli et les gouverneurs de province, catholiques et protestants, étendent leur hégémonie sur le royaume. En Guyenne, c’est Henri, roi de Navarre et huguenot, qui détient les prérogatives de gouverneur. Autour de Blaye, ville catholique avec Bourg et Bordeaux, les calvinistes tiennent de nombreuses places fortes (Royan, Pons, la Rochelle, etc.) ayant accès à l’océan d’où peuvent facilement arriver des renforts. L’heure n’est pas aux grands combats, mais aux coups de main audacieux pour grignoter l’adversaire. A ce jeu, Agrippa d’Aubigné partisan du roi de Navarre, est passé maître. A la tête de quelques centaines d’hommes sûrs, il s’attaque aux places catholiques les moins défendues. Blaye en fait partie : seulement une dizaine de soldats et trois officiers sous les ordres d’un gouverneur gardent le château délaissé par son maître qui lui préfère ses terres. Agrippa d’Aubigné n’hésite pas, il soudoie les trois officiers subalternes en vue de s’emparer facilement du château ce qui lui permettra ensuite de se saisir facilement de la ville. Aux alentours de la mi-juillet, à la tête d’un millier d’hommes, il parvient à hauteur de la colline appelée Roland La Garde, aux portes de Blaye, et attend avec impatience le signal des hommes qu’il a achetés. Ces derniers s’activent, poignardent le gouverneur de Blaye, de Villers, et font le signal convenu pour prévenir D’Aubigné que la voie est libre pour se saisir du château dont ils ont pris le commandement. Hélas, les conditions météos ne permettent pas à ce dernier de voir ledit signal… Las d’attendre, il décide de pénétrer dans la ville. Les habitants de Blaye, commandés par Dubois leur maire et les jurats Lesnier et Valleau, réagissent promptement. Ils parviennent à repousser l’assaillant qui s’en prenait aux faubourgs et à s’emparer du château peu défendu. Evaluant mal la situation, Agrippa d’Aubigné juge plus prudent d’abandonner la partie et de se retirer.

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1592 - Siège de Blaye par les Protestants.

La huitième et dernière guerre de religion a débuté en 1585. Suite à la mort d’Henri III, assassiné par un moine fanatique, Henri de Navarre devient roi de France sous le nom d’Henri IV. Les Catholiques refusent de reconnaître ce roi protestant et cherchent à imposer au trône le cardinal Charles de Bourbon, aidés en cela par le roi d’Espagne, le très catholique Philippe II. En Guyenne, quelques villes entrent en dissidence, tels qu’Agen, Villandraud, Marmande et aussi Blaye, dont le gouverneur est Jean-Paul Ésparbès de Lussan. Il faut souligner qu’au-delà de l’insoumission au roi protestant, l’état de rébellion offre également l’occasion de s’affranchir de tout contrôle royal, ce qui permet d’imposer, pour ne pas dire "rançonner", commodément les marchandises en circulation. Les navires transitant par la Gironde étant nombreux, la place de Blaye est particulièrement lucrative… En 1591, de Lussan provoque l’exaspération des Bordelais qui qualifient sa conduite de véritable piraterie et poussent le gouverneur de Guyenne, le maréchal de Matignon à mettre le siège devant la ville. Un siège terrestre n’est cependant pas suffisant car l’insatiable de Lussan a "réquisitionné" plusieurs navires anglais venus commercer, les ayant armés, il dispose d’une véritable flottille avec laquelle il contrôle l’estuaire. Ne disposant d’aucune force marine, Matignon permet aux Anglais d’entretenir six vaisseaux de guerre dans la Gironde pour protéger leurs bateaux et obtient du parlement de Bordeaux l’affrètement de quelques navires de guerre flamands ; ainsi parvient-il à instaurer un véritable blocus maritime autour de Blaye pour compléter son dispositif terrestre. Le siège est mis en place au mois de décembre, quatre mois plus tard l’issue des combats, par ailleurs sanglants, demeure incertaine. C’est alors qu’intervient une flottille espagnole envoyée par Philippe II pour venir en aide à de Lussan. Composée de seize vaisseaux spécialement conçus pour cette opération et bien armés, c’est une véritable force navale. Sa supériorité est telle que dès son arrivée devant Blaye, les navires anglais et flamands se replient en direction de Bordeaux, poursuivis par les Espagnols. Rattrapés à hauteur du bec d’Ambés le combat naval tourne à l’avantage des Espagnols et il faut l’intervention de l’artillerie de Matignon, depuis la rive, pour repousser les navires espagnols qui se replient à Blaye. A terre, le siège se poursuit, toujours aussi meurtrier. Les Espagnols, libres de leurs mouvements, ravitaillent Blaye et laissent en permanence quelques navires au mouillage devant la ville. Vers la fin du mois d’avril 1593, pour tenter à nouveau d’isoler de Lussan, Matignon imagine une manœuvre "en tenaille" contre la flotte espagnole. Une escadre de 15 navires venus de La Rochelle doit remonter l’estuaire et les navires anglais et flamands, venus de Bordeaux, le descendre. Hélas, la coordination entre les deux flottes ne se fait pas et les navires espagnols, rapides et à faible tirant d’eau, parviennent à passer à travers les mailles du filet et à rejoindre l’embouchure de la Gironde, sans subir de pertes malgré les nombreux coups de canons tirés par les coalisés. A l’issue de cet affrontement, un blocus maritime est à nouveau instauré autour de Blaye, blocus tout relatif cependant, car les Espagnols mettent un point d’honneur à le braver pour venir ravitailler les assiégés. De même, des barques en provenance du marais et notamment du château de la Barrière, près d’Anglade, propriété d’un ami de Lussan, arrivent régulièrement de nuit, chargées de victuailles. Finalement, ne parvenant pas à atteindre son but, Matignon lève son dispositif vers la fin du mois de juillet. De tous les sièges subis par Blaye celui de 1592/1593 est indéniablement le plus meurtrier et le plus dévastateur : les victimes se comptent par centaines et la ville, qui vient de supporter prés de huit mois de combats, est en grande partie dévastée.

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1814 - Siège de la citadelle par les Anglais.

Ce siège a été relaté en détail dans un article précédent. Pour en prendre connaissance, il suffit de suivre le lien suivant : http://vieuxblaye.free.fr/spip.php?article67

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Notes

[1D’après les chroniqueurs de l’époque, le duc Guillaume d’Aquitaine s’était enfermé dans Bordeaux et tenait tête aux assaillants. Il fut trahi par les marchands juifs qui permirent aux vikings de pénétrer discrètement dans la cité et ainsi de s’en emparer par surprise. Cet épisode montre combien les envahisseurs usaient de toutes les opportunités pour parvenir à leurs fins.

[2Cette organisation passe par l’élaboration d’un système d’alerte capable de prévenir de l’arrivée des envahisseurs (tours au sommet desquelles on fait des signaux de fumées, utilisation de pigeons voyageurs, d’agents de liaison, etc.) et la construction de châteaux forts qui se révèlent imprenables par ces derniers, somme toute sommairement armés et équipés.

[3Le terme de "prince" ne correspond pas à la réalité de la position sociale du seigneur de Blaye. En fait, à cette époque les règles de la féodalité ne sont pas encore bien strictes et certains n’hésitent pas à s’octroyer un titre "ronflant", sans commune mesure avec leur situation et leur puissance véritables.

[4Les lourdes défaites françaises de la Guerre de Cent ans seront dues pour beaucoup au nombre, à la puissance, à la précision et à la grande cadence de tir des arcs anglais. Edouard 1er créa les premières unités permanentes d’archers en 1280. A la tactique galloise de l’embuscade, il substitua le tir de masse, mais précis, qui s’avéra d’une efficacité redoutable en étant capable de clouer sur place une charge de cavalerie. On comprend mieux le résultat de Crécy, en 1346. Plutôt que la présence (très controversée) de 3 bombardes, c’est celle de 6000 archers tirant une flèche toutes les 10 secondes (tir ajusté, car en tir sur zone la cadence peut monter à une flèche toutes les 5 secondes, ce qui représente une grêle de 36 000 par minute...) qui a emporté la décision. Chaque archer portait 3 à 6 douzaines de flèches, ce qui permet de tirer pendant 6 à 12 minutes : on peut estimer qu’à Crécy plus de 300 000 projectiles étaient disponibles pour la bataille. Et il convient de garder à l’esprit que l’énergie cinétique d’une flèche est sensiblement identique à celle d’une balle de 9 mm (½ MV2 d’une flèche de 120 g à 90 m/s est du même ordre, 500 Joules, que celle d’une balle de 9 mm de 8 g à 350 m/s) : la protection de maille ne résistait pas à 200 m et l’armure de plaques de fer était perforée à 60 m environ.

[5Avec la création des compagnies d’ordonnance, le développement de l’artillerie et l’instauration des frans-archers, Charles VII met sur pied une véritable armée permanente qui lui permettra de terminer avantageusement la guerre de cent ans et de mettre au pas tous ceux qui croyaient pouvoir défier l’autorité royale, à l’abri derrière des murailles. La refonte de l’artillerie sera un processus particulièrement long étant donné les techniques de l’époque. Les frères Bureau, excellents ingénieurs, vont apporter en quelques décennies des améliorations capitales. Ayant constaté que la vitesse du projectile avait plus d’effet que sa masse, ils abandonnent les grosses bombardes capables de tirer des boulets en pierre dépassant largement les 100 kg, mais dépourvues de toute mobilité du fait de leur poids (+ de 1 500 kg), pour ne conserver que les armes facilement transportables. Ayant également constaté que les boulets en pierre éclataient littéralement à l’impact d’une muraille, ils feront adopter un cerclage de fer autour de ces boulets en pierre pour augmenter leur résistance au choc, puis imposeront carrément le boulet métallique à partir du milieu du 15ème siècle. Ils seront également parmi les premiers à utiliser des charges de mitraille (bouts de métaux, bouts de plomb, cailloux, etc.) maintenues par deux cylindres en bois, tirées directement depuis la pièce pour foudroyer à bout portant n’importe quelle charge de "gens de pieds" ou bien de "fiers chevaliers". Perfectionnant les affûts, normalisant les calibres ils vont véritablement créer une artillerie de campagne de petit et moyen calibre, apte à appuyer la manœuvre et une artillerie de siège capable de disloquer les remparts adverses en appliquant la règle du tir en brèche (le "tir en brèche" consistait à viser et à tirer sur un seul et même point, où sur les bords immédiats du point d’impact dès lors que la muraille était percée de manière à agrandir la cavité jusqu’à l’obtention d’un éboulement naturel. Cela pouvait prendre plusieurs jours, mais la méthode était infaillible).



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