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La garnison de Blaye

Par Olivier CARO
Président de la Société des Amis du Vieux Blaye
Article paru dans L’estuarien n°19

Haut lieu stratégique, la citadelle de Vauban accueille une garnison qui fit de Blaye une ville militaire.

La garnison est le nom donné aux troupes qui gardent une place et au lieu où elles séjournent. Les garnisons sont situées dans les places de la frontière et les citadelles [1]. Elles sont formées par les éléments constituant la troupe : officiers, bas-officiers, soldats. Pour illustrer un aspect de la vie des hommes de la garnison de Blaye sous l’Ancien Régime, nous prendrons quelques exemples dans les deux premières catégories. Comme de nos jours, le rôle de l’officier est le commandement de la troupe. Dès le règne de Louis XIV, il existait, au sein de ce corps, des spécialités comme celle d’ingénieur, dont le plus connu, Vauban, finira Maréchal de France en 1703 et - suprême honneur - chevalier du Saint-Esprit, en 1705.

À Blaye, plusieurs personnages se succèdent dans cette fonction ; nous évoquerons Pierre Jablier. D’origine parisienne, né vers 1656, il est le fils de Louis Jablier et de Françoise Ferry, soeur de François Ferry, directeur général des fortifications de
Guyenne, qui participa à la construction de Blaye en 1685. A vingt ans, Pierre Jablier est nommé à Hendaye puis à Bayonne et Bordeaux et, enfin, en 1688 ingénieur en chef à Blaye, poste qu’il conservera jusqu’à sa mort. Marié le 10 février 1698, il est alors ingénieur et capitaine au régiment de Bigorre, habitant la paroisse de SaintSauveur à Blaye depuis dix ans.

En épousant Marie Levasseur, il entre dans la bourgeoisie blayaise et devient le gendre d’un ancien maire de Blaye. Le baptême des trois enfants du capitaine Jablier sera entouré de personnages remarquables. Ainsi François Pierre Urbain Jablier, « fils naturel et légitime du
sieur Jablier [...] et de dame Marie Thérèse Levasseur, est né le 7 janvier 1701 [...] a été ondoyé le 16e du même mois [...] et a recu [...] les cérémonies ordinaires [du baptême] le 8 juin de la même année 1701 »
. Le parrain est messire François de Ferry, écuyer, brigadier des armées du Roy et ingénieur général des provinces et côtes du Poitou, Saintonge, Aunis, Guyenne, Béarn. La marraine est dame Hilaire Louise de Busca de Moncomeil, épouse de messire Jacques d’Astorg, seigneur d’Aubarède, lieutenant de Roi au gouvernement de Blaye. Dans la même paroisse l’on baptise le 5 février 1702 Catherine Thérèse Jablier ; elle a pour parrain Roland Levasseur, ancien maire, et Catherine Levassent pour marraine. Enfin, le 16 avril 1703, Jean-François Jablier a pour parrain Jean-François de Rousselot, brigadier des armées de Sa Majesté, ingénieur général, major de Collioures. Pierre Jablier meurt directeur des fortifications de Blaye, Isles, Fort-Médoc ; il est enterré à Saint-Sauveur, le 24 août 1705 [2]. Ainsi, au travers de quelques dates, nous pouvons voir s’écouler la vie sociale et familiale d’un ingénieur militaire devenu Blayais par ses fonctions et son mariage.

Dans cette garnison de Blaye, il n’y a pas que des officiers ou des ingénieurs. Les bas-officiers, aujourd’hui sous-officiers, sont l’épine dorsale de l’armée. C’est l’époque où le Maréchal de Broglie demande « aux cadres subalternes [...] la bravoure, la sagesse, la fidélité et la fermeté » [3].

A Blaye, de beaux témoignages existent et prouvent que dans ce corps, certains avaient une instruction avancée et possédaient une belle écriture au point de rédiger l’acte de décès de l’un des leurs, acte co-signé par le curé de la paroisse : « L’an 1718 et le 11 septembre a été enterré dans le cimetière de la paroisse Saint-Romain François Ledol dit Léveillé, sergent dans la Compagnie Colonelle [du Régiment] de Périgord natif Biesle juridiction et diocèse de Langres âgé de trente ans ou environ ; nous l’avons enterré en présence du Corps de sergent, avec honneur, en foy de quoy nous nous sommes signés. A Blaye, le 12 septembre 1718. Décret jean, sergent, Belleguet, curé de Saint Romain ». [4]

Le bas-officier est pris en compte dans l’administration du régiment. Il est responsable de la tenue des hommes et des casernements. Pour faciliter le service, des imprimés existent donnant par exemple la composition du « Petit équipement : aunes de toile de 2/3 pour chemises, paire de bas de laine, cuirs forts pour semelles de souliers pesant 80 livres, paire de bas de fil [...] culotte de tricot, chapeaux neufs, gibernes avec les banderoles, bretelles de fusil, baudriers, sabres, caisses de cuivre et colliers. [5] Ainsi le rôle du bas-officier est très précis dans la vie quotidienne de la citadelle. Aujourd’hui, les responsabilités de ce corps n’ont pas changé et la manière de gérer le temps et les hommes reste identique à celle des siècles passés.

La fonction des hommes pris en exemple à Blaye, comme dans le reste du royaume, est la préparation à la guerre, afin de satisfaire la volonté de Louis XIV Ce dernier, par son règne, ses guerres, son faste, a donné à la France une suprématie politique, une domination économique et culturelle : le Grand Siècle va rester pour longtemps le modèle en Europe.


Notes

[1MG. Bodinier (sous la direction de François Bluche), Dictionnaire du Grand Siècle, Paris, Fayard, 1990, p. 643-644.

[2Registre BMS, Saint-Sauveur de Blaye, GG20, 1694-1704 ; GG21, 1701-1721 ; GG24, 1741-1749.

[3J. Delmas (sous la direction de A. Corvisier), Histoire militaire de la France de 1715 à 1871, TH, Paris. PUF, 1992, p 43-44.

[4Registre BMS, Saint-Romain de Blaye, GG9, 1699-1720. Biesles est actuellement dans le département de la HauteMarne (52340).

[5Archives départementales de la Gironde C 2135.



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