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Le port

par Jacques Barthou

Extrait du livre et cd-rom "Blaye en un siècle"

  • Samedi 13 décembre 2003

Comme la quasi totalité des ports de l’estuaire, le port de Blaye n’était, à l’origine, qu’un « estey » (étier) où les navires s’échouaient à marée basse.

C’est sa situation qui explique l’importance particulière du port de Blaye parmi les ports de l’estuaire : c’est un lieu de rupture de charge, protégé par la fortification, entre les routes terrestres, fluviales et maritime. Port de pilotage, halte obligatoire sous l’Ancien Régime pour déclarer les chargements à la montée vers Bordeaux et payer les droits de douane à la descente, chef-lieu d’un Quartier Maritime important (jusqu’en 1892), siège d’une école « d’hydrographie », lieu de résidence de nombreux négociants, capitaines au long cours, maîtres au cabotage, maîtres de barques et matelots, Blaye était au XVIIIe siècle un « port oblique de l’Amirauté », un avant-port de Bordeaux.

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Chargement des gabares

Les blocus de la Révolution et de l’Empire ont entraîné un important recul d’activité dans les petits ports de l’estuaire. Les crises économiques de la Restauration, la concurrence du roulage puis du chemin de fer ont freiné la reprise dans le courant du XIXe siècle.

Toutefois, en dépit du déclin, on voit subsister jusqu’à la veille de la Deuxième Guerre Mondiale, bon nombre de trafics traditionnels, à Blaye comme dans les autres ports de l’estuaire.

C’est le transport local, les échanges entre les ports de l’estuaire et surtout avec Bordeaux, qui est le plus important. C’est ce qu’on appelle la navigation au bornage ou le gabarage. Il s’agit de vin et d’eau de vie, de céréales et de farine, de matériaux de construction, de bois de chauffage et d’une multitude de produits en petite quantité qui sont distribués ainsi sur les rives de l’estuaire, en particulier les produits « coloniaux » redistribués depuis Bordeaux.

Mais Blaye est aussi fréquenté par des navires de mer, essentiellement des caboteurs à voile, qui chargent ou déchargent les produits déjà cités, venant ou allant en Flandre, Normandie, Bretagne ainsi que sur les côtes charentaises d’où ils ramènent le sel.

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Appontements verticaux

Au milieu du XIXe siècle sont aménagés les quais verticaux et la cale inclinée de la rive gauche du chenal, l’écluse de chasse, le terre-plein et les bornes d’amarrage.

Dans les dernières années du XIXe siècle, de nouvelles cargaisons viennent relayer les trafics traditionnels en déclin. C’est ce qui a sauvé le port et provoqué son extension.

Ce sont d’abord les produits pétroliers, avec la construction de la distillerie de pétrole Desmarais , en 1877, qui fonctionne jusqu’aux bombardements alliés de la Deuxième Guerre Mondiale.

C’est également le charbon, principal produit énergétique de la Révolution industrielle, destiné plus particulièrement, à Blaye, à la distillerie de pétrole, aux navires à vapeur et au dépôt de chemin de fer de Saint-Mariens. Ce produit prend une importance exceptionnelle pendant la guerre de 1914 où Blaye devient, en complément de Bordeaux, le port de réception du charbon anglais à destination de l’Italie, où il est envoyé par le train pour éviter les attaques des sous-marins allemands. En retour les navires transportent des poteaux de mine au Pays de Galles.

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Déchargement d’un vapeur italien

Les premiers barils de pétrole sont arrivés des Etats-Unis, de Russie ou de Roumanie à bord de trois-mâts long-courriers. En vingt ans ils ont été remplacés par des « tankers » à vapeur. Malgré le maintien jusqu’à la Première Guerre Mondiale, d’un grand nombre de caboteurs à voile, l’évolution des navires va de pair avec l’évolution des trafics : ils deviennent de plus en plus gros et les tirants d’eau sont de plus en plus importants. Ceci nécessite de nouveaux aménagements portuaires.

Ces aménagements sont réalisés hors du chenal, sur la rive de l’estuaire. Il existe déjà sur cette rive le débarcadère de la ligne régulière Bordeaux-Royan du bateau à vapeur, et l’appontement privé de l’usine Desmarais.

En 1903 est construit un appontement en bois, juste en amont de l’embouchure du chenal. En 1915, un nouvel appontement est réalisé plus loin en amont, pour la réception des plus grands navires chargés de charbon. Il est agrandi en 1918, pour offrir un front d’accostage de 270m et un tirant d’eau de 7,5m. C’est pour les besoins du chantier de la centrale nucléaire qu’ils est reconstruit dans les années 1970.

Le port de Blaye a survécu au déclin des trafics traditionnels et demeure l’un des « terminaux » du Port Autonome de Bordeaux parce qu’il s’est tourné vers un trafic maritime de nouveaux produits : pétrole, charbon, poteaux de mine, relayés ensuite, par les exportations de terre réfractaire et de céréales...




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