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« Je suis devenu historien grâce à mes aïeux »

RENCONTRE AVEC.... — Olivier Caro, 57 ans, président des Amis du Vieux Blaye depuis 1988

 : Jean-Luc Duclos (Article paru dans Sud-Ouest le 08/06/2006)

Grâce à Olivier Caro, le passé est directement le nôtre : les ombres sortent des caveaux des églises ou de la terre des cimetières. Sans les historiens, l’identité de la France serait mortelle. Les historiens ont le regard amoureux, mais d’un amour exigeant, lucide, critique. Ils ont toujours été les garde-fous du pouvoir. Il est symptomatique que Lavisse, l’historien républicain par excellence, ait reconnu la grandeur de Louis XIV.

L’événement d’hier ne se plie pas volontiers à nos idées d’aujourd’hui. Car l’histoire de Blaye et de sa citadelle sans Paul Raboutet, journaliste parlementaire, fondateur de l’Association des amis du Vieux Blaye en 1938, Jean Ferchaud ou Olivier Caro ne serait que le passé mort. Caractères à demi effacés sur un parchemin, chapiteaux et pierres rongés : cette matière inerte, c’est l’historien qui la transmue en silhouettes vivantes de notre paysage spirituel. Lors des visites qu’il organise avec les Amis du Vieux Blaye, Olivier fait revivre ce qui n’est plus, mieux, il nous fait vivre avec ce qui a été. Grâce à lui, nous chevauchons aux côtés du maréchal Vauban et nous sommes tour à tour soldats de l’armée du Roi Soleil ou geôliers de Marie-Caroline. Evocation, convocation : les ombres d’autrefois répondent à son appel. S’il ressuscite avec tant d’aisance le passé, c’est qu’il lui est présent. Grâce à son coup d’oeil, il transforme ces lieux de mémoire en lieux de vie. Nous voici, d’abord, dans la forêt de son enfance et de son adolescence. Une forêt sans chemin tracé. Olivier affirme qu’il n’est pas né historien, mais qu’il l’est devenu. « Par hasard, grâce à mes aïeuls », ajoute t-il, avec une sorte de coquetterie.

Tout petit, déjà ! Sa forêt est d’abord celle d’un quartier de Paris, où il naquit en 1949. Ce n’est pas une futaie royale, ce sont des taillis touffus. Dans le Bordelais de ses jeunes années, où il arrive à l’âge de 3 ans, sans doute s’est-il mis à rêver d’horizons plus campagnards : ceux qu’il découvre pendant ses vacances dans le Blayais, à Azac plus précisément entre Braud et Etauliers. N’est-ce pas alors, déjà, qu’il s’est disposé à se pencher sur cette France rurale où l’on parlait gabaye. Ainsi très jeune, Olivier a porté attention aux conditions matérielles d’existence, aux rapports sociaux et aux mentalités.

Ses souvenirs d’enfance sont aussi ceux d’un historien en herbe : « Mes grand-pères avaient fait la Grande Guerre, ma grand-mère me parlait de son père officier qui avait combattu à la guerre de 1870 et je lisais beaucoup de livres qui me racontaient ces époques pour moi très lointaines », souligne Olivier.

Tout est bon dans le passé : rien n’est à jeter. Et il faut souvent s’en remettre au hasard le soin de faire le tri. Hasard des chantiers qui exhument des villas gallo-romaines, hasard des saccages révolutionnaires, hasard des archives perdues et retrouvées, hasard du temps et de l’érosion.

Cette soif de connaissances tournées vers le concret, Olivier a contribué à l’aiguiser. Et il l’a largement étanchée, grâce aux magnifiques 2000 ouvrages, dont l’almanach de Marie-Caroline, princesse de Berry, qu’il conserve jalousement dans le local de l’Association des amis du Vieux Blaye. Mais il regrette qu’une boutique avec des souvenirs, des livres ne soit plus opérationnelle dans la citadelle, pour le plus grand bonheur des touristes avides d’histoire.

Société des amis du Vieux Blaye, 1, av 144e-Régiment-d’Infanterie, 33390 Blaye, tél. 05.57.42.13.70, 120 adhérents, prix de la cotisation 16 euros.




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