Accueil > Documentation > Articles > Blaye, Place militaire

Blaye, Place militaire

par O.Caro

article extrait de "Blaye en un siècle" CD-ROM

Dès le début de son Histoire de la Ville de Blaye, l’Abbé BELLEMER cite Blaye comme place militaire. Les Romains de Messala, lieutenant de César, remplacent les soldats celtes, les Bituriges Vivisques, et bâtissent un castrum. La vocation militaire de Blaye est née ; cette position de défense le restera jusqu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. C’est aussi de l’époque romaine que Blaye tire son étymologie : la voie de la guerre (belli via) partait de Bordeaux et passait à Blavia pour finir à Saintes. Par altération, Blavia devint Blaia ou Blaya puis Blaye.

Attaquée et pillée par les Vandales puis les Visigoths, Blaye ne retrouve la paix qu’avec les Mérovingiens. Une autre invasion, celle des Sarrasins, détruit la ville et ses environs ; Blaye se relèvera sous l’autorité des Carolingiens et de Roland, comte de Blaye. Enfin la dernière invasion, celle des Normands, est égale aux précédentes, s’étale sur un siècle et précède la reprise en main de la région par la dynastie des Rudel, vicomtes de Blaye. Ces derniers possèdent Blaye du Xe au XIVe siècles ; ils dépendent et sont vassaux du duc d’Aquitaine, c’est à dire du roi d’Angleterre et ainsi participent à tous les combats de la Guerre de Cent Ans ; Blaye est par conséquent au centre de nombreux sièges.

Reprise à nouveau en main par l’administration du roi de France en 1453, Blaye connaît un moment de calme jusqu’aux Guerres de Religion qui ne l’épargnent pas. Puis ce sont les Guerres de la Ligue et le siège de Blaye par le Maréchal de Matignon en 1593. Mais Jean Paul d’Esparbez de Lussan, gouverneur de la ville, résiste victorieusement et Matignon abandonne le combat. C’est enfin grâce à la construction de la citadelle par Vauban de 1685 à 1689 que Blaye connaît la paix sous le gouvernement de Claude de Rouvroy duc de Saint Simon puis de son fils Louis de Saint Simon le mémorialiste.

Au XVIIIe siècle, Blaye, Fort Pâté, Fort Médoc sont tenus par des compagnies de canonniers-invalides et par des corps de troupes d’infanterie. Les régiments se succèdent : nous n’en retiendrons que trois :

- Languedoc-Infanterie créé en 1672 est affecté aux ports et colonies en 1702. Il est à Blaye en 1773 et 1780.

- Auxerrois-Infanterie, créé en 1776, voit deux de ses bataillons s’installer à Blaye l’année suivante.

- Champagne-Infanterie enfin, créé en 1569, est à Blaye en 1789 : c’est le dernier régiment de l’Ancien Régime à s’y installer.

Durant la Révolution et l’Empire, un nombre impressionnant de régiments passe à Blaye, surtout durant la guerre contre l’Espagne.

En 1814, Blaye connaît un dernier siège qui dure dix jours. L’amiral anglais Penrose arrête son escadre devant l’île Pâté, bombarde le Fort, la Citadelle et cherche à encercler Blaye par un débarquement. Le Commandant Merle, qui dirige la défense, résiste victorieusement mais l’issue du combat ne sera jamais connue puisque les deux forces en présence reçoivent le même ordre : cesser les hostilités. En effet, Napoléon vient d’abdiquer, Louis XVIII monte sur le trône, les alliances sont renversées.

En 1832-1833, le Général Bugeaud gouverne Blaye avec des éléments des 48e et 64e Régiments d’infanterie de Ligne, du 14e Chasseurs à cheval, du 5e Régiment d’Artillerie et de cinquante gendarmes ; en effet, il s’agit de surveiller la Duchesse de Berry, prisonnière dans la Citadelle !

En dernier lieu, c’est encore un régiment d’infanterie qui s’installe de la fin du XIXe siècle jusqu’à la Première Guerre Mondiale : le 144eRI. Créé en 1794 sous la dénomination de 144e demi brigade de bataille, il est licencié deux ans plus tard. 144e Régiment d’infanterie de Ligne en 1813, il est licencié l’année d’après. Recréé 144e Régiment d’infanterie en 1873, l’un de ses bataillons s’installe à Blaye en 1874 ; il y reste jusqu’en 1914.

Le « 144 » était formé de soldats de la région de Bordeaux, Libourne et Blaye. Dès le 5 août 1914, il part de Bordeaux et deux jours plus tard il est sur la Meuse. Il participe au combat de la Sambre le 23 août 1914, de Craonne le 6 septembre. En 1915, il tient le secteur de l’Argonne, part en instruction au camp de Mailly ; en 1916 il est sur la Somme et obtient dans le secteur de l’Aisne, lors de l’attaque des Plateaux le 16 avril 1917, sa première citation : « le 144e RI qui, sous l’énergique impulsion du Lieutenant-colonel Tribalet, a combattu avec vigueur et succès sur les Plateaux d’Hurtebise et de Vauclerc, en particulier le 16 avril, 6 et 7 mai, 6 juin 1917, faisant chaque fois preuve d’une endurance et d’un courage remarquables et enlevant à l’ennemi de nombreux prisonniers. Citation à l’ordre du 18e Corps d’Armée ». Le 144e n’en continue pas moins les combats : fin 1917 il est en Alsace ; en 1918 il est en Champagne, à la feutre de Navarrin, aux combats de Lagny, de Missy-aux-Bois, au passage de la Somme, aux combats de Serre. Il a droit au port de la fourragère verte (croix de guerre) le 28 avril 1919 et défile le 14 juillet suivant sur les Champs Elysées. Ses pertes s’élèvent pour la durée de la guerre à 56 officiers, 235 sous-officiers, 1456 caporaux et hommes de troupe. Ce sont les raisons pour lesquelles une rue lui est consacrée dans la citadelle.

Le 144e RI ne revient pas à Blaye ; il est dissous après la guerre ; Blaye reçoit alors une gamison de gendarmes mobiles de 1919 à 1939. De 1940 à 1944 les Allemands occupent la citadelle puis sont remplacés par des éléments FFI (Forces Françaises de l’Intérieur, c’est- à- dire des éléments des maquis de la région), qui se forment en régiments d’infanterie afin d’attaquer la poche de résistance allemande à Royan. Là encore, ces soldats vont payer un lourd tribut, restant ainsi à la hauteur de leurs anciens du 144e RI.

La vie militaire de Blaye s’achève ainsi ; la citadelle est rachetée par la municipalité en 1954 pour la somme de 1 million 600.000 francs.




Version imprimable de cet article Version imprimable

Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette