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Blaye au Moyen-Âge.

par S.Bertalot

article extrait du CD-ROM "Blaye en un siècle"

Quand on admire aujourd’hui Blaye et sa citadelle, il est difficile d’imaginer que la cité blayaise se résumait au Moyen-Âge au périmètre de la fortification de Vauban. En effet, avant les travaux des différents ingénieurs du XVIIe siècle, Blaye était, depuis le XIe siècle, une ville fortifiée, dépendant du château encore appelé aujourd’hui château des Rudel, du nom de ses possesseurs. Écoutons ce qu’en disait l’Abbé Bellemer :

« La ville proprement dite, entourée de murs crénelés, et protégée par son château fort, s’élevait sur le monticule occupé de nos jours par la citadelle. La ville basse, celle que nous habitons aujourd’hui, n’existait pas encore. Quelques maisons, éparses çà et là en dehors des fortifications ; les coteaux voisins couronnés d’arbres séculaires ; au loin d’immenses forêts ; peu de champs cultivés. [...]

Les moines, gardiens du tombeau de Saint-Romain, dispersés par la tempête de l’invasion, avaient dû abandonner depuis longtemps leur sanctuaire à la rage des pirates scandinaves. L’antique oratoire, dédié au Sauveur par Saint-Front, n’offrait plus, lui-même, qu’un monceau de ruines. »

Ce château-fort, qui dominait la ville, subit lui aussi des attaques et des destructions (la dernière qui vit le château rasé sur ordre du duc d’Aquitaine Guillaume IX, grand-père d’Aliénor, avait eu lieu en 1096), mais il fut reconstruit par les soins de Vulgrin Rudel, vicomte de Blaye, vers 1140 ; plus vaste que le précédent, c’est celui dont nous voyons aujourd’hui encore les vestiges.

De cette époque reculée illustrée par les combats, les luttes d’influence, la chevalerie et l’amour courtois, Blaye a conservé le souvenir à travers un personnage « merveilleux » qui était à la fois seigneur de Blaye et troubadour : Jaufré Rudel. Ce prince devint rapidement le héros d’une histoire à la fois poétique et tragique, dont de nombreux écrivains s’inspireront par la suite, jusqu’à Edmond Rostand au XIXe siècle qui en fera le thème d’une de ses oeuvres théâtrales, La Princesse lointaine. Jaufré Rudel, si l’on en croit la version la plus courante, s’embarqua sur un bateau pour rejoindre à Tripoli la comtesse Melissende dont il était tombé éperdument amoureux sans l’avoir jamais vue ; atteint de fièvres lors de la traversée, il mourut dans les bras de sa belle à son arrivée. Cette dernière, touchée de cette passion pour elle, le fit ensevelir et devint religieuse. Jaufré Rudel a laissé quelques poèmes en langue occitane : le plus célèbre en est évidemment l’Amour de loin, qui pour certains évoque cette illustre princesse de Tripoli, l’élue de son coeur, tandis que d’autres donnent de ce texte une interprétation plus générale voire mystique.

On ne peut évoquer Blaye au Moyen-Âge sans faire état de la situation générale de la région à cette époque ; comme le reste de l’Aquitaine, Blaye devient anglaise par le mariage d’Aliénor avec Henri II Plantagenêt ; elle est parfois reprise par les Français mais ne revient à la couronne de France, définitivement, qu’en 1453, après la bataille de Castillon. Elle connût alors une nouvelle période de son histoire puisque, grâce aux privilèges confirmés par Louis XI en 1462 lors de son passage à Blaye et d’autres lettres royales, elle est dotée finalement en 1474 d’une organisation municipale, avec jurats, maire et sous-maire ainsi que divers officiers nécessaires au maintien du bon ordre. Ce n’est certes pas ainsi que s’achèvent ses aventures, sièges et autres combats, mais du moins la ville termine-t-elle ainsi sa période féodale.




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